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Pierre-Jean Ruff. Le protestantisme libéral
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| Préface, par Paul Abela | |
Le livre de Pierre-Jean Ruff est une
réédition légèrement augmentée. Sur la
voie de la quête de Dieu et de l’approfondissement de notre
foi, il apporte une contribution utile à tous ceux qui croient
à la vocation de peuple de Dieu, celui-ci étant perçu
non comme un troupeau passif et obéissant en présence du
chemin à suivre, mais comme un peuple réellement et en tous
points en marche vers la lumière.
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On désigne couramment par protestantisme
l’ensemble des églises issues de la Réforme, à
la suite des grands pionniers Luther et Calvin. Notamment, ils ont
décidé de se référer principalement à la
bible et de contester l’autorité du pape. La majeure partie
des protestants se répartit en six grandes confessions ou courants :
les luthériens, les calvinistes (ou réformés, ou
presbytériens), les baptistes, les méthodistes, les
pentecôtistes et les évangéliques. Ils ont en commun
trois grands principes qui, entre autres, les libèrent de
l’autorité du pape. Ce sont les sola gratia,
sola fide et sola scriptura. Nous sommes sauvés gratuitement et sans
mérites, par la foi et, pour ce qui est des vérités
religieuses, sans rien ajouter à la bible. | |
Pour sa part, le protestantisme libéral reprend
ces principes à son compte avec une liberté de
compréhension et de déduction qui lui est propre. | |
Pour les protestants, la référence unique
à la bible est essentielle. Elle est parfois prise et comprise de
manière littérale. Mais comme l’analyse y fait parfois
apparaître des incohérences et des contradictions, les
libéraux estiment avoir le devoir d’interpréter
certains textes et certaines affirmations, tels les textes qui parlent de
la création du monde en six jours, ceux qui évoquent la
naissance virginale de Jésus, sa résurrection corporelle et
d’autres encore, qui se réfèrent à des
réalités symboliques qu’il ne faut pas toujours prendre
au premier degré. | |
Les protestants libéraux ont une perception
critique de la tradition dogmatique des églises. Ils récusent
les dogmes mariaux. Ils récusent tout autant le concept trinitaire
de Dieu, retenu par le concile de Nicée. À ce titre, ils
rejoignent souvent les ariens et les unitariens. | |
C’est au début du XIXesiècle
qu’apparut le terme de libéral pour désigner la démarche liée
à cette liberté d’interprétation. Nos doctrines
ne peuvent être qu’indicatives, approximatives et provisoires,
voire optionnelles, d’où la tolérance et l’option
pour le pluralisme et la diversité. | |
Au milieu du XXe siècle, Rudolf Bultmann a également
alerté sur la nécessité de démythologiser la
lecture de la bible et de distinguer ce qui y est historique de ce qui y
est mythique. Initialement, il fut peu compris et suivi, mais à la
fin du XXe siècle,
la leçon d’un siècle de développement
scientifique rendit cette distinction indispensable pour beaucoup. | |
Ce que le protestantisme libéral souligne, ce
sont nos limites à appréhender la vérité,
surtout s’il s’agit de Dieu, l’ineffable. À moins
de reprendre à notre compte et sans réflexion ce qu’ont
pensé et décidé les responsables des églises,
force nous est de penser notre foi, de la faire réellement
nôtre. | |
Le protestantisme libéral est exigeant
concernant notre réflexion religieuse. Simultanément, et ce
n’est pas contradictoire, il invite à connaître les
limites de nos vocables et de nos concepts : l’expression de la foi
n’est pas la foi ; l’action réflexive doit
connaître ses limites face à la mystique et
à l’indicible de la rencontre de Dieu ; il faut nettement
distinguer les dogmes des croyances. Les dogmes prétendent à
l’universalité et à l’immuabilité. Les
croyances sont l’expression en un temps et en un lieu donnés
de ce qui appartient au mystère de Dieu et de la vie. | |
Le croyant s’adonne à une quête de
Dieu sans aucune restriction. Tout son être y participe, intelligence
comprise. Et pourtant, il lui revient de confesser avec Socrate : “Je
sais que je ne sais rien”. | |
Dès lors, il y a respect des autres et
reconnaissance d’autres itinéraires que les nôtres pour
aller vers Dieu. | |
Au nom de l’amour qui est Dieu et de la
liberté qu’il génère, nous devons revendiquer
une pluralité de chemins pour le rencontrer : pluralité des
chemins individuels, comme pluralité des religions qui conduisent
à lui. | |
Dans cette présentation ou cet état des
lieux du protestantisme libéral, Pierre-Jean Ruff évoque ce
qui, selon lui, en fait l’essence même : les principes de base
du protestantisme déjà énoncés, de même
que l’amour — ou le devoir d’éthique — et
l’Esprit — ou la mystique —, avec toutes les implications
de ces postulats. La référence à l’enseignement
de Jésus et le respect pour d’autres approches de son message,
voilà ce qu’il appelle le plus petit commun
dénominateur du protestantisme libéral. | |
Ensuite, il rappelle les options du protestantisme
unitarien que la majorité des protestants libéraux
revendiquent, sans que cela ne crée problème entre ceux qui y
adhèrent et ceux qui désapprouvent ce choix. | |
Enfin, il nous dévoile les croyances qui lui
sont personnelles, mais qui ne contredisent nullement son adhésion
au protestantisme libéral et au courant théologique
unitarien. | |
De lui à moi, et sans doute à
d’autres catholiques, il y a probablement des différences de
sensibilité religieuse, notamment concernant l’importance que
nous accordons à l’église et aux sacrements. Mais que
d’approches semblables lorsque, moi catholique, je parle de Marie,
mère de Jésus ou que je déclare que “l’on
traîne trop d’erreurs bloquées par une prétendue
infaillibilité”, ou encore, à propos du péché originel, “l’avenir de
l’humanité se serait-il joué sur une seule
épreuve, sans rattrapage ?” (Je crois mais parfois autrement, Chrétiens autrement, L’Harmattan, 2002, p. 87 et
177.) | |
Catholiques libéraux et protestants
libéraux, nous sommes engagés dans un même combat —
reconnaissant une priorité à l’Esprit qui se conjugue
toujours avec la liberté : liberté de Dieu lui-même et
liberté qu’il a voulu nous donner, non seulement pour la
conduite de notre vie personnelle, mais aussi dans notre accueil de la
Parole de Vie. | |
| (Ce texte est la préface du premier hors-série de Théolib, Le Protestantisme libéral, de Pierre-Jean Ruff. Pour toute commande par correspondance, reportez-vous à notre formulaire d'abonnement). |
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