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Alain Badiou |
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| Alain BADIOU, Saint Paul, La fondation de l'universalisme coll. "Les Essais du Collège international de philosophie" Paris, PUF, 1997, ISBN 2-13-048847-1, 122 p., 69 FF. |
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C'est une étude singulière que nous propose Alain Badiou. Sans renouveler de fond en comble l'exégèse paulinienne, son angle d'approche offre une alliance d'originalité et de rigueur de nature à relancer le débat.
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Il s'agit d'un ouvrage de philosophie. Badiou se montre sans concessions à l'égard du surnaturel et de tout ce qui compose le terrain magique du religieux. Il en rajoute même, de peur sans doute de voir son oeuvre disqualifiée par le soupçon de donner dans l'apologétique pieuse. Il s'agit pour lui de rester dans le cadre d'une stricte rationalité. Pas question en conséquence de s'attarder sur les Actes des apôtres, présentant une "biographie tronquée" de Paul (18). Les miracles sont congédiés, en tant que "grands classiques du charlatanisme religieux" (34). La résurrection elle-même est qualifiée de "fable" - par où Badiou déroge à sa rigueur habituelle : le terme de métaphore, celui de mythe ou encore de symbole eût été plus appropriés.
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Cependant, Badiou s'attache - c'est ici que sa contribution devient précieuse - à l'inédit de la pensée de Paul. De fait, l'apôtre n'accorde guère d'importance au Jésus historique. Il ne le cite guère, ni ne relate ses hauts faits. Ce qui lui importe, c'est la façon dont l'événement de la résurrection - que Badiou nomme très finement "l'évenement-Christ" - brise l'ensemble des référents disponibles, ouvrant la perspective d'une nouvelle humanité. Il s'agit de l'événement pur, dont le surgissement renvoie au monde des contingences l'ensemble des formes culturelles historiquement disponibles. Paul devient ainsi celui qui aura fait d'une singularité absolue (la résurrection du Christ) la condition de possibilité d'une nouvelle universalité (la potentialité pour tous d'une existence nouvelle).
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Badiou excelle à en décrire les modalités et les conséquences. Il en est de connues : l'apôtre rejette aussi bien l'attachement au rite, particularité du communautarisme Juif, que l'attitude questionnante "grecque" liée à la quête de la sagesse. Il écarte aussi le mysticisme qui aurait scellé la dilution de l'essentiel : l'acte déclaratif de la Résurrection. Il ouvre la perspective d'un discours qui ne s'inscrive plus dans une quête de maîtrise. "Que la référence soit le fils, et non le père, nous enjoint de ne plus nous confier à aucun discours qui prétende à la forme de la maîtrise" (46). L'observance rituelle, la quête de la sagesse et jusqu'au mysticisme participent d'une telle prétention.
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On trouve aussi dans ce livre une analyse très rigoureuse de la façon dont la pensée de Paul porte en elle la contestation des grands thèmes de la dogmatique chrétienne. Ainsi du péché originel ou de la souffrance expiatrice : "le texte [de Paul] est formel : la mort comme telle n'est pour rien dans l'opération du salut" (74). Bien plus, "la pensée de Paul dissout l'incarnation dans la résurrection" (78). La vie terrestre du Jésus historique devient seconde, en regard de l'événement par excellence qu'est la résurrection.
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On y trouve encore une belle analyse de la façon dont la loi renvoie le sujet à la place du mort, ainsi qu'une autre, très éclairante, de la manière dont l'apôtre, soucieux de ne pas perdre de temps avec les usages, ne les admet que pour mieux les inscrire dans une symétrie qui aussitôt les subvertit. Là encore, rien ne doit faire obstacle à l'acte déclaratif qui fonde, dans un même mouvement, l'attitude militante et l'universalité chrétienne. Dans son approche de la pensée paulinienne, comme dans la description de son éthique sociale, le parcours de Badiou balaie bon nombre d'idées reçues. Il démontre ainsi que toutes les paroles de Paul généralement citées à l'appui de tous les conformismes sociaux, n'étaient que des manières de secondariser des questions risquant de détourner de l'essentiel. Les réponses de Paul sont des "oui, mais" dont on aura souvent oublié le second terme.
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Il ne manque qu'un chapitre à ce livre. A maintes reprises, l'auteur manifeste le désir de remplacer l'événement de la Nouvelle par un autre, plus plausible probablement. Nulle part il ne suggère quel pourrait être cet autre événement. Ce qui peut conduire le lecteur à l'interrogation que voici : Et si le secret de la force instituante de l'affirmation paulinienne résidait précisément en ceci que l'évenement est celui-ci, dans son absolue singularité, et non tel autre que nous pourrions imaginer ? Tout le livre de Badiou conduit, peut-être malgré lui, à ouvrir l'espace d'une telle question. Car l'auteur montre aussi comment ceux qui se sont essayés à partir d'une autre "fable", se posant dès lors comme des rivaux de Paul, n'ont produit dans le meilleur des cas que de pâles copies, ne parvenant pas à forger de nouveaux destins.
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Le débat reste ouvert. Il est heureux qu'il le soit par ce livre, de nature à ravir ceux qui désirent une "apologétique raisonnable".
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