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La Bible est-elle un livre dangereux ? - Théolib 40 |
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Éditorial. À travers les livres et les temps |
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| Pierre-Yves RUFF | |
Tout part, ici, d’une idée apportée
par un proche : faire le point sur les lectures de la bible, en posant la
question de ce qui, en elle ou à partir d’elle, peut
être dangereux. Un colloque à Paris fut l’occasion de
nous mesurer à ces questions, envisagée sous des angles
diversifiés : je dirais volontiers qu’il y va de
“regards croisés” (non sans songer aussi, par là,
en quelque sorte, qu’il y eut aussi des croisés…).
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Danger de la lecture, danger de ce qui se fait au nom de (la bible, le
christianisme, etc.), mais aussi ouverture au danger, comme acceptation de
la vie même — ces thèmes, pour enchaîner les
métaphores, s’entrecroisent.
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Et pour poursuivre, restant à la croisée
des chemins et des temps, ce numéro de Théolib est aussi une invitation à la
redécouverte.
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Divers textes nous rappellent que nos questionnements
furent aussi ceux de nos devanciers. Félix Pécaut, qui nous
présente ici un visage bien doux (lui qui connut surtout des
succès de scandale), le mystérieux Professeur H., dont le
texte nous semble si actuel, Théophile Bost, qui fut un
précurseur de l’universalisme, et bien sûr Charles
Wagner, qui reste aussi notre contemporain.
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Le grand chantier, pour nous, est de rendre accessible
leurs œuvres. Car nous ne venons pas de nulle part. Or, c’est
ainsi que nous pouvons aller à la rencontre de l’autre, mais
sans nier qu’il y a là une acceptation du danger.
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Le danger du sacré |
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| Pierre-Yves RUFF | |
J’évoquerai ici trois questions
principales. La première me permettra de revenir sur des assertions
souvent entendues. Toutes consistent à dénoncer une
pensée comme dangereuse. Toutes le font au nom de l’histoire.
Toutes visent, par là, à disqualifier l’adversaire, et
à éviter le débat. À titre personnel, je
tendrais à penser que le danger commence là : non pas quand
on constate un risque — qui peut être réel. Le grand
danger, dans le monde de la pensée, ce n’est jamais le risque :
c’est le soupçon du risque. Car le soupçon ne va
jamais sans une accusation latente.
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Dans un deuxième temps, j’aborderai, il le
faut bien, “la” “Bible”. Je le ferai avec tous les
guillemets requis, ceux qui portent sur l’article, “la”,
ceux qui portent sur le mot, “bible”, ceux enfin qui concernent
la majuscule. Et je ne vais ici, ce n’est pas étonnant,
qu’ajouter une voix au concert des interventions
précédentes.
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Puis — ce sera l’essentiel de mon
questionnement —, je risquerai un pas dans un domaine trouble.
D’où vient que l’appel à la transcendance, la
dimension sacrée, le rituel, puissent porter au bien ou, à
l’inverse, nous ouvrir au mal radical ? Est-ce là une
même origine ? “J’ai placé devant toi la vie et la
mort, prévient le Dieu biblique, choisis la vie.” Est-ce si
simple ?
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Une fausse causalité
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Mais je commence avec les dangers supposés,
soupçonnés, dénoncés, qui me laissent perplexe.
Je ne peux convoquer ici la longue litanie des accusations entendues. Elles
sont trop nombreuses. Toutes portent sur la pensée. Toutes
cautionnent une pensée, une autre, mais sans le dire.
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On a dit — et je ne me soucie guère de
fournir un visage à ce “on” —, que l’esprit
des Lumières avait failli. Cette pensée, dominante en Europe,
n’avait pu empêcher la Guerre de 14. On accusait donc la
pensée. Était-elle coupable ? si oui comment, par quelles
médiations ? La question ne méritait pas qu’on
s’y attarde. Les Lumières n’avaient pas
été suffisantes pour éviter la guerre. Le dire
suffisait à prononcer une condamnation définitive.
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On a dit, et l’on redit encore, que la
pensée de Marx conduit au stalinisme — comme s’il se
pouvait qu’une analyse rationnelle, pragmatique, méthodique,
permette de cautionner un quelconque pouvoir.
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On a pu dire, et l’on redit souvent, que les
élans spirituels du romantisme conduisent au fascisme — comme
si les élans de l’âme, peu souvent conjugués
à l’apologie des “petits chefs”, ne pouvaient pas
conduire à la critique.
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On a dit — et je laisse à nouveau le flou
sur le “on” —, que le protestantisme libéral
n’avait pas résisté au nazisme. On estimait par
là réduire le libéralisme, éviter de
débattre, condamner avant toute discussion. Les historiens, depuis,
ont montré que c’était un mensonge. Mais un mensonge
dans lequel on croit, dans notre monde, est une vérité. Et
même quand le mensonge ne tient plus, on peut trouver une autre forme
d’argument. On dira, par exemple, que le libéralisme conduit
à l’athéisme (affirmation, qui notons-le, ne va pas
sans un étonnant jugement de valeur…).
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De façon plus globale, on accuse l’Islam
d’être la source de l’intégrisme, de produire le
terrorisme. Et de même, pourrait-on dire, les fruits du christianisme
suffisent à prononcer à son encontre une condamnation sans
appel.
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Je voudrais résister à de telles
logiques. Sous l’apparence de l’évidence, elles sont au
service des stratégies les plus retorses. On parle d’une
pensée, d’une élaboration conceptuelle. On la met en
regard de l’histoire. Puis, comme on trouve sans mal des pages
sombres dans l’histoire, on en déduit — ou plutôt :
on fait mine d’en déduire — que la racine des pages
sombres ne peut être cherchée que dans la pensée
elle-même.
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L’un des cas les plus fulgurants reste celui de
Heidegger.
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Aucune étude n’est menée sur les
subtiles médiations qui auraient pu, peut-être, expliquer le
passage de la pensée à l’acte. Mais l’argument
reste le même. Un homme peut passer d’une pensée
à un comportement. Un homme des Lumières peut être
général, dans une armée française ou allemande.
Un libéral peut devenir athée, un musulman devenir
terroriste, et le chef d’une Église rendre un culte à
Mammon. Cela ne prouve rien. Car l’inverse est possible. Un
général pourrait s’ouvrir à l’esprit des
Lumières. Quelqu’un qui se déclare athée peut
rencontrer avec passion le libéralisme théologique. Un
terroriste peut découvrir l’Islam, et vivre une réelle
conversion. Pour compléter la liste, un homme qui n’a
d’intérêt que pour l’argent peut aussi devenir
chef d’Église. Il n’y a là que des passages. Il
paraît difficile, hasardeux et ruineux d’en déduire une
quelconque causalité.
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D’où vient pourtant qu’on ait
souvent recours à de telles logiques ? En rejetant des pans entiers
de la pensée, que produit-on ? Tout d’abord l’illusion
de la nouveauté radicale. Si je rejette en bloc le romantisme, le
christianisme, les Lumières, que sais-je encore, je produis la
fiction d’un espace nouveau, d’une pensée nouvelle, sans
risque et sans danger, n’ayant pas été
confrontée à l’histoire. Je façonne
l’espace d’une pensée immunisée. Et c’est
là que se trouve, me semble-t-il, la logique totalitaire, le seul
véritable danger de la pensée.
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La radicale nouveauté, ce n’est pas
forcément l’ouverture au Tout-Autre. Ce peut être tout
aussi bien l’ouverture au mal radical. Or, le mal me paraît se
montrer à chaque fois que la pensée se veut immunisée.
J’y reviendrai. Mais je voudrais d’abord interroger ce
qu’il en est, quant à ce recueil étonnant qu’on
appelle “la Bible”.
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Au nom de…
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Où donc est le danger qu’elle pourrait
représenter ? Voici donc la question qu’en ce jour nous
posons. Provient-il de la bible ? Provient-il de la sacralisation qui en
fut faite, aussi bien par les clercs qui la confisquèrent que par
les nouveaux clercs qui en firent un livre inspiré, et le lieu de
l’autorité ? Ou bien, faudrait-il le chercher dans une longue
habitude qui en a fait un livre obscur, propice à toutes les
oppressions, aux soumissions, à la transformation des êtres
libres en des êtres rampants ? En ce cas, le danger provient-il de la
bible, ou de ce qui fut fait en son nom ?
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Mais en ce cas, il nous faut être justes. Nous
entendons encore la clameur qui vint des peuples opprimés, qui
s’élevaient en peuples libres au nom de leurs Gospels. La
bible, instrument d’oppression, servit aussi à des
libérations. Au nom de l’Évangile, les hommes ont
produit le meilleur et le pire.
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Pourquoi donc le malaise, aujourd’hui, nous
semble-t-il si évident ? Tient-il à la
nécessité où nous sommes réduits, de constater
qu’en notre temps, rien ni personne ne répond : ni la
certitude catholique, perchée dans les altitudes de siècles
surannés, ni encore la protestante, qui la rejoint dans
l’immobilité de son cléricalisme, oublieux de tout
messianisme, dédaigneux des aspects prophétiques,
préoccupé des questions matérielles bien davantage que
de l’avenir d’un message ?
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Ou bien, apparaît-il avec davantage de force du
fait de la proximité croissante que nous vivons, quand se
côtoient les traditions les plus diverses, obligeant à
interroger le statut, si évident jadis, des livres
“révélés” ?
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Je résume ces divers points. On peut affirmer
que la bible est dangereuse, en songeant à ce que d’aucuns
auront fait en son nom. Mais lorsque quelqu’un agit en mon nom, sans
être mandaté, ses actes ne relèvent que de sa propre
responsabilité. Quand on œuvre “au nom de la
bible”, la bible, elle, ne fait rien. On a fait, au nom de la bible,
le meilleur et le pire. La seule question que l’on pourrait poser est
de savoir, dans un cas et dans l’autre, si la bible y fut vraiment
pour quelque chose…
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Par contre, ce qui paraît certain, c’est
qu’aujourd’hui le statut de la bible est à interroger. Il l’est,
car un décalage croissant est apparu entre les lieux où on la
lit et le reste du monde. Il l’est, car nous manquons d’une
approche laïque, moderne, dégagée des
présupposés qui en feraient un livre à part, espace
unique d’une révélation échappant par nature
à toute autre culture. Il l’est encore, car nous vivons en un
temps pluraliste, où les antiques prétentions ne peuvent plus
tenir.
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Au cœur du danger : transcendance et ambivalence
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Comment aller à la rencontre de l’autre,
si l’on commence par affirmer que l’on détient la
vérité ? Mais, pourra-t-on répondre, comment aller
à la rencontre de l’autre si l’on ne va qu’à sa rencontre ?
Car il faut bien partir de quelque part…
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Là réside le grand problème. Il y
a l’ouverture à l’autre, l’approche de sa culture.
Elle reste impossible si l’on se ferme à ce qui vient. Mais
elle est aussi impossible si l’on voudrait venir de nulle part. Et
puis, tout aussi nécessaire, il y a l’ouverture au tout-autre,
à ce qui ne peut que venir, excédant tout calcul, prenant
toujours la forme de l’inattendu.
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Mais cet inattendu est revêtu
d’ambivalence. “J’ai placé devant toi la vie et la
mort.” Autant le dire de manière directe : aller à la
rencontre du tout-autre, ce peut être, tout aussi bien, aller
à la rencontre de la vie, qu’aller à la rencontre de la
mort. Le geste d’ouverture implique l’une et l’autre.
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Bien sûr, en second lieu, surgit l’instance
de la décision : “Choisis la vie.” Mais cette
décision n’est pas donnée. Elle n’a pas cette
clarté de l’évidence, dont Kant voulait parer la
conscience morale. Elle n’apparaît pas dans l’existence
sans rester entachée de doute : et si mon choix n’était
pas le meilleur ? Tout serait simple si l’éventail des
possibilités se résumait au choix binaire : la vie, la mort.
Mais la réalité est plus complexe. Le Dieu biblique aurait
dû dire : “J’ai placé devant toi
l’éventail des possibles. Fais pour le mieux.”
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Il nous faut assumer des risques. C’est
l’une des conditions de notre situation d’êtres humains.
Il nous faut, disait Nietzsche, vivre dangereusement. Sans risque et sans
danger, que serions-nous ? quel sel aurait la vie, et quel sens notre
destinée ?
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Mais, d’un autre côté, le sens des
“responsabilités” conduit toujours à la prudence.
L’histoire n’a que trop condamné ceux que nous nommons,
de façon si péjorative, les inconscients ou les
“têtes brûlées”… Nous dirions
volontiers qu’il faut prendre des risques, mais savoir éviter
le danger.
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C’est ici que tout se complique. Ceux que nous
admirons, les martyrs, prophètes incompris de tant de
siècles, devanciers de l’aurore et sentinelles des temps
nouveaux, méritent-ils l’admiration, ou sont-ils des
êtres trop simples, naïfs ou inconscients, dont la tragique
destinée n’aura été que le produit de leur
aveuglement ? Et, dans l’alternative tracée par le
réalisme des temps, que ferons-nous d’un Martin-Luther King,
ou d’un Jésus de Nazareth ? Il se pourrait qu’ils
soient, pour nous, de simples idéalistes, victimes de leur
naïveté. Il se pourrait qu’ils soient, peut-être,
tout autre chose…
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Je reprends la question, et je la pose en
d’autres termes. Quand j’ouvre le Nouveau Testament, je trouve
cette phrase superbe : “Ne vous inquiétez pas du lendemain,
car le lendemain aura soin de lui-même.” Mais j’y peux
lire aussi cette autre exhortation : “Soyez doux comme les colombes,
et prudents comme les serpents.” On y affirme, et dans un même
mouvement, qu’il serait vain d’avoir peur du danger, et que,
pourtant, il faut savoir que le danger existe.
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Mais qu’en déduire ? Que le danger existe :
récuser le danger, c’est refuser la vie. J’ai
parlé de Martin-Luther King. J’ai parlé de
Jésus. Sans doute savaient-ils que le danger était
présent. Mais s’ils ont survécu, aux regards de
l’histoire, ce n’est pas pour avoir plié sous le danger :
ce fut de l’avoir affronté, de n’avoir pas
courbé le dos, d’avoir su maintenir entière
l’espérance de la révolte, d’avoir su assumer la
seule dignité qui nous revienne : celle de rester des hommes debout.
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Leur force demeura de proclamer au monde :
Qu’importe l’injustice, qu’importent les pouvoirs
hautains, à jamais l’espérance se fraiera un chemin
parmi les ténèbres du monde, à jamais les futures
générations pourront y cheminer.
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Il n’y a pas de prophétisme sans
révolte. Il n’y a pas, non plus, de messianisme sans
acceptation du danger. Mais le danger, ici, est un danger existentiel. Le
risque est celui de la vie. Mettre l’autre en danger, c’est
toujours une faute. Mais affronter le risque, c’est la
nécessité de l’existence.
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Envoi : un nouveau prophète
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Je conclurai par trois brèves remarques.
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En premier lieu, les livres réunis dans la bible
ne sont pas dangereux en eux-mêmes. Mais certaines lectures le sont :
celles qui sacralisent, qui revendiquent la vérité, qui
récusent l’esprit critique ou qui cautionnent des pouvoirs ;
celles enfin qui se montrent nuisibles à toute rencontre de
l’autre.
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Ensuite, il n’est pas d’acte
d’ouverture qui ne soit assorti d’un danger. Le Tout-Autre peut
advenir sous les traits du mal radical. Mais sans cet acte
d’ouverture, sans l’acceptation du danger, il n’y a plus
de vie.
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Enfin, on peut sans doute regretter les usages nocifs
que l’on a fait du christianisme. On peut aussi rêver
d’un évangile plus dangereux, plus apte à mettre en
marche, ayant su renouer avec son principe libérateur. Là est
mon choix.
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Je rêve d’une bible plus dangereuse. Je
rêve, non sans frayeur, non sans danger — j’espère
un prophète nouveau : celui qui seul saurait nous dire, dans la
certitude et l’emphase qui manquent tant à nos aspirations :
“Nous maintiendrons !”
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Sommaire
Éditorial, À travers les livres et les temps Pierre-Yves Ruff, Le danger de celui qui sait Pierre-Jean Ruff, Lit-on souvent la bible avec son intelligence ? Didier Fougeras, Risques des textes, risques du Livre Serge Guimin, Visages de la Bible Pierre-Yves Ruff, Envoi. Le danger du sacré Félix Pécaut, Simples explications sur les Évangiles et l’Évangile Professeur H., Les bons lits Théophile Bost, Respirer plus à l’aise Charles Wagner, Les gens d’Église Charles Wagner, L’Évangile inconnu | |