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Passé d’étoiles |
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| Michel CASSÉ | |||
Une origine sans genèse | |||
Je vais parler, puisqu’on m’incite à
cela, comme un enfant : les atomes des étoiles parlent aux atomes
des yeux le langage de la lumière. S’il n’y avait pas
identité de nature entre la substance des étoiles et la
nôtre, bien que nos morphologies soient différentes, il n’y
aurait pas de perception. | |||
En d’autres termes, notre œil est solaire.
Il a été éduqué par notre étoile et nous
ne voyons que des étoiles semblables à l’étoile
du jour. Cela signifie que nous sommes, d’une certaine
manière, aveugles à la plus grande part des photons.
Mais cet aveuglement est lumineux. S’il y a effectivement
éducation de la rétine et donc de notre perception par notre
étoile, il y a aussi identité de nature entre
l’émetteur et le récepteur. C’est-à-dire
que les atomes du soleil et les atomes de notre sang ou de notre corps sont
identiques. Ils émanent des mêmes objets. La mère des
atomes, c’est l’étoile. | |||
Les étoiles s’ouvrent comme des fleurs et
inséminent l’espace de leurs légions
d’atomes ailés. Les étoiles sont comme des abeilles. On
peut parler de la vie, de l’œuvre des étoiles. | |||
D’une certaine manière, le cosmos est un
corps plein. La notion de vide est à réinterroger, car on ne
peut jamais, en tant que physicien, dire qu’il n’y a rien en
permanence et de toute éternité. En d’autres termes, le
vide n’est pas identifiable au néant. Il est porteur de toutes
les naissances. Ce qu’on appelle vide quantique, et qui est
aujourd’hui le sujet d’interrogation et d’étude de
la physique moderne, est un substrat invisible, mais créatif et
bouillonnant. Il est comme s’il n’était pas. Ce
n’est pas la première fois qu’on évoque une sorte
d’être omnipotent, peut-être également
omniprésent, puisque l’univers est un plenum. L’espace
n’est pas vide. Contrairement à l’apparence, il est
plein. Pour certains, il est plein de Dieu. Dieux, d’ailleurs, peut
être au pluriel. | |||
Les présocratiques disaient :
“L’homme est plein de dieux.” Les physiciens disent,
d’une certaine manière : “L’univers est plein
d’un substrat qui, éventuellement, est
incréé.” Je dis “éventuellement”,
puisqu’il est, pour l’instant, sans genèse. | |||
Écumes On a évoqué le décentrage
progressif que signifie la science. La terre n’est pas au centre du
système solaire, nous le savons. Pourtant, nous persistons à
dire malencontreusement que le soleil se lève, ce qui n’est
absolument pas le cas. Vous voyez que cette révolution
considérable n’a pas encore sa place dans la conscience claire
de l’homme simplement homme. Le soleil est au centre de ce
qu’on appelle le système solaire, mais il est sur un bord de
la galaxie. Notre soleil n’est donc pas au centre de la
république de soleils à laquelle nous appartenons. La galaxie
n’est pas au centre de l’univers, puisque l’univers
n’a ni centre ni bord. On croyait la matière atomique. Mais
l’école atomistique, qui semblait triompher, laisse place
actuellement à ce qu’on appelle le vide quantique, qui
constitue 70 % de la masse de l’univers. On l’appelle
encore énergie sombre. Elle est totalement mystérieuse. Ce
qu’on croyait avoir élucidé, c’est-à-dire
la matière, est en réalité l’écume de la
matière. |
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La matière rare et précieuse qui nous
compose — puisque c’est cette matière qui pense qui
donne sens à tout ce qui est visible et invisible — cette
matière se penche sur son passé d’étoile, de
nuage, de lumière et de vide, car il y a une chaîne physique
de la genèse. Dans notre récit de la création (au sens
de la dernière mode parisienne, et non pas au sens
théologique du terme), nous sommes entre deux vides : le vide du
commencement, qui suscite une expansion absolument gigantesque de
l’espace et qu’on appelle l’“inflation
cosmologique”, nourrie par ce substrat qui est
l’écarteur d’espace et qu’on appelle le vide
quantique (il dit “espace donne-toi”, et l’espace se
donne ; il est ainsi l’écarteur d’espace, ou si
l’on préfère son créateur). Puis il laisse sa
place, par une sorte de sacrifice (je le dis de manière
métaphorique) à la lumière. La lumière,
à son tour, donne naissance à la matière et à
son double antagoniste et mortel (et cela doit bien sûr
intéresser le psychanalyste ou le psychiatre),
l’antimatière. | |||
La matière est née double :
matière et antimatière — et il y eut une guerre dans le
ciel. Cela rappelle incidemment le meurtre d’Abel par Caïn. Il y
eut une guerre dans le ciel, et la matière subsista. Mais elle ne
représente qu’un milliardième des potentialités
universelles. Où est le reste ? Dans la lumière. Cette
lumière invisible, on la perçoit encore au moyen de nos
radiotélescopes. C’est la lumière du commencement, ou
plutôt la première lumière, qui est avant celle des
étoiles. Il y a une lumière avant celle des luminaires. | |||
Enfin viennent les étoiles, qui sont en
réalité, comme je l’ai dit, les mères des
atomes, qui les confectionnent, par la fusion thermonucléaire
— par l’amour d’une certaine manière — sous
l’effet de la chaleur. Et le simple se transforme en complexe. Les
étoiles, comme en passant, construisent le carbone dont nous
sommes faits. | |||
Nous sommes donc cendre et poussière
peut-être, mais cendre et poussière d’étoiles.
Voilà de quoi relever la tête. | |||
L’invisible lumière | |||
Mais cette matière-là, la matière
atomique, qui compose vous, les étoiles et moi, représente 4%
de la masse de l’univers et encore ! La matière qui
brille, celle qui est repérée dans le ciel par sa
générosité lumineuse, ne constitue que 5‰
de la masse de l’univers. L’essentiel est donc dans
l’invisible. | |||
Ensuite, la lumière que l’on croyait
explicite, la lumière visible ne représente que
l’écume de la lumière, puisqu’il existe des ondes
électromagnétiques de la même nature que la
lumière, que notre rétine est totalement incapable de
percevoir. | |||
Mais la révolution sensitive, sensorielle,
corporelle de ce siècle, ou plutôt du siècle
précédent, c’est de nous avoir rendus sensibles, par le
biais de prothèses électroniques, à toutes les
lumières. Et nous voyons la création avec un “c”
minuscule s’accomplir sous nos yeux. Nous voyons les étoiles
naître, et nous voyons les étoiles mourir, alors qu’avec
notre œil naturel nous ne voyons que les étoiles dans leur
phase de maturité, et encore en bonne santé. S’ouvrir
au rayonnement infrarouge, c’est se rendre sensible à des
scènes ou à des actes de douceur — par exemple
l’accouchement des nuages. Les grands nuages interstellaires
accouchent de lignées d’étoiles. Les étoiles
naissent par portées, si vous voulez, comme les chats, les rats ou
les poissons. | |||
J’ai vu des étoiles naître. Mais
j’ai vu des étoiles mourir. Le rayonnement de la violence,
rayonnement gamma ou rayonnement X, nous permet d’assister
à des scènes de déchirures monstrueuses. Une
étoile morte avale une étoile vivante et le “cri de
douleur” de celle qui meurt c’est justement une forme de
rayonnement invisible qu’on appelle le “rayonnement X” ou
le “rayonnement gamma” encore plus puissant, et
l’étoile morte se remet à vivre. J’ai donc vu des
résurrections. | |||
Cela dit, je plaisantais, parce qu’en
réalité il ne faut pas sombrer dans
l’anthropomorphisme. Encore une fois, la grande révolution
scientifique, c’est de nier d’une part le géocentrisme,
d’autre part l’anthropomorphisme. Les étoiles ne meurent
pas. Elles passent d’une perfection lumineuse à une perfection
obscure. Nous ne voyons que l’écume de la lumière. Il
semblerait que l’univers avec une majuscule soit un champagne
généralisé dont nous n’occuperions
qu’une bulle. Les lois de cette bulle ne sont que provinciales et
locales. Élargissons, ouvrons la cage aux oiseaux ! | |||
Des dimensions insoupçonnées | |||
Ensuite, l’harmonie physico-mathématique
s’écrit maintenant à onze dimensions. Nous sommes
sensibles à trois dimensions de l’espace, pour la simple
raison que notre survie a fait que nous développions de
manière tout à fait prégnante un rapport
spatio-temporel et presque naturel avec le monde qui était
nécessaire à notre survie et qui n’a pas,
jusqu’à présent, rendu nécessaire la
découverte ou l’exploration de ces extradimensions. Maintenant
que nous vivons dans une sorte de luxe et dans une certaine forme de
sécurité, il n’est pas indifférent de penser que
nous sommes capables d’atteindre cela. Nous ne
l’atteignons pas simplement intellectuellement, mais je pense
que nous sommes capables de susciter les réactions de ces
extradimensions — qui sont quasiment des dimensions
intérieures, parce qu’elles sont recourbées sur
elles-mêmes. Les trois dimensions de l’espace sont
déployées, ce sont celles dans lesquelles nous
évoluons. Mais il semblerait qu’il existe des dimensions
repliées sur elles-mêmes, qui sont d’une telle
subtilité que j’aurais tendance à les rapporter
à des dimensions intérieures. | |||
L’harmonie physico-mathématique
s’écrit donc à onze dimensions dont une seule de temps.
Le temps est le mystère absolu. On ne peut pas jouer avec le
temps, sans aller tuer sa grand-mère et revenir — ce qui est
un paradoxe. Par conséquent, j’insiste sur le fait que nous
sommes en train d’ouvrir la cage aux oiseaux (de manière
métaphorique et en même temps mathématique), puisque
les géométries pluridimensionnelles ouvrent des perspectives
royales, bien sûr au mathématicien, mais aussi à la
pensée. | |||
C’est un domaine d’exercice qui va nous
permettre de développer certaines capacités cachées en
nous et jamais exploitées, et certainement ouvrir le monde et
— je l’espère — favoriser l’altruisme,
puisque nous le poussons jusqu’à supposer maintenant
qu’il n’y a pas simplement un autre vis-à-vis de soi,
mais qu’il y a des univers au-delà du nôtre. | |||
C’est un peu ce que Giordano Bruno — qui
malheureusement a été sacrifié en 1600, sur la Place
des Fleurs à Rome —, c’est un peu et somme toute de
manière légèrement démesurée
l’équivalent de l’annonce de Giordano Bruno de
l’existence de la pluralité des mondes. Pourquoi
l’a-t-on grillé ? Je pense qu’on l’a
carbonisé parce qu’il niait le caractère central de la
papauté. | |||
Post-scriptum | |||
On peut revenir sur chacun des épisodes que
j’ai présentés, dans la mesure où il
s’agit parfois de spéculations. Sans être
entièrement hasardeuses, elles ne sont pas totalement
avérées. | |||
La science requiert la vérification
expérimentale de chacun de ses concepts. Sur le vide quantique, par
exemple, des expériences sont en cours. Il semble que cette notion
soit nécessaire pour expliquer le fonctionnement du monde
microscopique. On mesure ses effets, et je pourrais vous expliquer comment.
| |||
Maintenant, quand on l’applique à
l’univers entier, on fait un saut conceptuel gigantesque. Assimiler
l’infiniment petit et l’infiniment grand n’est pas
indifférent. Il faut vérifier que le saut conceptuel
n’est pas du registre de la mégalomanie. | |||
Le grand danger que court l’astrophysicien et le
cosmologiste, outre le fait de prendre de l’embonpoint — parce
qu’avant les prêtres étaient invités aux
meilleures tables, désormais ce sont les astrophysiciens —, il
y a donc danger dans ce métier… Je plaisante. | |||
Je ne suis pas théologien, mais voici la
déclaration que je voudrais faire devant vous. La théologie
est une théorie et elle doit se nourrir de la cosmologie. Elle
s’en est toujours nourrie. Nous sommes très souvent
convoqués par les sectes qui se disent que ce discours fabuleux
— il faut bien avouer qu’il est étayé par des
expériences gigantesques et qu’il touche l’âme
humaine, car il parle de l’origine des choses — peut être
récupéré par une certaine forme de sectarisme. Au lieu
de donner ce corpus de savoir aux sectes, je préfère
très largement le donner aux philosophes, aux théologiens,
aux psychologues et aux psychanalystes. | |||
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