![]() |
Paiement en ligne : 15 € |
La création vue par l'astrophysique et la théologie |
Les relations entre la science et la théologie
ont été historiquement placées sous le signe
d’un débat binaire : qui dit vrai, de la science ou de la
bible ?
|
Posée ainsi, la question revenait à
tracer une frontière entre deux camps : celui des scientifiques
(soupçonnés par les autres d’athéisme) et celui
des “croyants” (accusés en retour
d’obscurantisme).
|
Les partisans d’une autre voie optaient pour la
recherche d’éléments concordants, de manière
parfois peu convaincante. (Jésus a marché sur les eaux car il
y avait un banc de sable…)
|
D’autres encore affirmaient la frontière
entre deux livres : celui de la nature et celui de la bible. Le premier
relevait de la science ; le second de la foi. Mais tous deux pouvaient
être l’écriture de Dieu.
|
Aujourd’hui, la question pourrait être
posée de manière très différente.
L’astrophysique ouvre des pistes inattendues : l’existence de
dimensions insoupçonnées, ou encore la découverte de
la pluralité des mondes.
|
Ces avancées annoncent peut-être
l’une des grandes révolutions de la pensée. C’est
toute la question de notre place dans l’“univers pluriel”
qui devrait nous rejoindre. Mais des passerelles existent. Nous repensons
le christianisme à l’époque du pluralisme.
Peut-être devrons-nous repenser l’universel au temps du
“plurivers”.
|
Avec des articles de Michel Cassé, Lucienne
Gougenheim, Didier Fougeras, André Gounelle, Serge Guilmin &
Pierre-Yves Ruff. 112 pages. 15 Euros.
|
La créationIntroduction au colloque |
|
| Pierre-Yves RUFF | |
Les colloques, en France, commencent bien souvent par
une liturgie, envers laquelle je ne ressens pas de réelle affection.
On remercie les personnes qui ont aidé à organiser la
rencontre, les intervenants, les participants, les propriétaires du
lieu. Cela prend parfois bien du temps. Ne pas le faire pourrait produire
un malaise chez d’aucuns. Le faire produit parfois un malaise chez
tous. À Théolib1>, la reconnaissance va de soi. Mieux vaut peut-être une
reconnaissance sans parole, que des remerciements qui demeurent souvent
formels.
|
Pourtant, en préalable à ce colloque, je
voudrais remercier celui qui en fut —peut-être sans le savoir
— l’initiateur : je veux parler de Michel Cassé. Lors
d’une conférence prononcée à la Ferme des
étoiles et publiée dans Théolib, il a affirmé : “La théologie est une
théorie et elle doit se nourrir de la cosmologie. Elle s’en
est toujours nourrie. Nous sommes très souvent convoqués par
les sectes qui se disent que ce discours fabuleux […] peut être
récupéré par une certaine forme de sectarisme. Au lieu
de donner ce corpus de savoir aux sectes, je préfère
très largement le donner aux philosophes, aux théologiens,
aux psychologues et aux psychanalystes.” Notre colloque est né
de cette affirmation.
|
Deux principes contradictoires
|
J’aborde la façon dont le débat se
présente. Il me semble encadré par deux principes
contradictoires. Le premier affirme la séparation radicale du savoir
et de la foi. Il ne faut ni les mélanger, ni les confondre. À
l’inverse, le second proclame que les différents niveaux de
l’être entrent en corrélation. Il est non seulement
possible, mais important, de les traduire les uns dans les autres. Quel
principe faut-il choisir ?
|
Essayons de les appliquer au thème de nos
travaux. Nous aurons deux réponses opposées. Pour
l’une, il n’y a aucun lien entre l’astrophysique et la
théologie. Pour l’autre, tout ce que dit l’astrophysique
peut être intégré et traduit dans la théologie.
Il y a là un choix de méthode, avec lequel je tenterai de
m’expliquer.
|
1. Le savoir et la foi forment deux livres
séparés
|
Abordons tout d’abord la première de ces
approches. Elle affirme la séparation radicale du savoir et de la
foi. Nous pouvons l’exprimer à la manière de Lord
Bacon. Dieu nous a donné deux livres, celui de la nature et celui de
la bible. Tous deux expriment la vérité. Mais chaque livre
doit être lu à sa manière. Lire la bible comme un
ouvrage scientifique serait ruineux pour la pensée et pour la foi.
À l’inverse, observer la nature avec le seul regard de la foi
serait calamiteux pour la recherche scientifique. Chaque livre requiert ses
protocoles de lecture.
|
À propos de la nature, Bacon était
l’apôtre de l’expérience et du libre examen. Pour
lui, l’héritage de nos anciens n’est pas comme tel la
vérité. Notre héritage devient vrai seulement quand il
est vérifié par l’expérience personnelle. Bacon
suggérait sans le dire qu’on pourrait appliquer ce principe
à la théologie : à moi de vérifier le message
que je reçois. Protestants comme catholiques virent là
l’antichambre de l’athéisme : s’ils veulent
vérifier, c’est qu’ils se permettent de douter ! Mais le
message de Bacon fut entendu par Galilée. Pas étonnant que ce
dernier ait eu quelques problèmes avec l’Inquisition. Il
n’avait pas la chance d’être anglais, et de
bénéficier d’une certaine liberté de parole.
|
Pourtant, nous pouvons dire de Bacon qu’il est le
saint patron des astrophysiciens. Il affirma la séparation du savoir
et de la foi. Il plaça l’expérience au centre de la
recherche. Il libéra la science de la tutelle de
l’Église.
|
Pour autant, d’autres difficultés allaient
venir. L’humain était écartelé entre deux
vérités contradictoires. Il avait l’intuition, la
perception du monde. Il avait, néanmoins, le savoir quant au monde.
|
Je pourrais rappeler les affirmations de Husserl. Notre
expérience quotidienne n’est pas le dire de la science. Dans
notre vie, la terre est immobile. Quand nous allons par nos chemins, elle
demeure plate. Et le soleil, aujourd’hui comme hier, se lève
et se couche, marquant le rythme de nos journées. Il y a donc deux
vérités antagonistes, d’où l’immense
difficulté à donner sens aux choses. L’astrophysique
décrit la vérité de l’univers. Le philosophe
(surnommé “phénoménologue”) décrit
une autre vérité : celle de notre perception humaine.
|
On peut jouer de telles distinctions. Il y a ce que
nous savons ; il y a ce que nous vivons. Dans la logique de Husserl, les
découvertes de la science modifient mon savoir. Elles ne changent
pas mon existence. Par exemple, même si — à Dieu ne
plaise ! — Michel Cassé nous démontrait que Dieu
n’existe pas, cela ne m’empêcherait pas d’y croire.
Quand nous pensons le monde, nous recourrons très volontiers
à de telles oppositions. Mais il reste à savoir si elles sont
vraiment tenables.
|
2. La traduction possible et réciproque du
savoir et de la foi
|
Car il existe une autre approche. Elle admet, à
l’image de la première, l’existence de différents
niveaux de l’être. Elle récuse leur séparation
absolue. Pour elle, Dieu a peut-être écrit deux livres. Mais
il ne parle pas un double langage. Ce qui est vrai à un niveau peut
être traduit dans un autre. Il nous revient, à nous humains,
d’opérer cette traduction. Autrement dit, nous vivons, il est
vrai, dans plusieurs mondes. Mais ces mondes ne sont pas
séparés. Ils entrent en interaction. Entre eux, le dialogue
est, à la fois, possible et nécessaire.
|
Revenons à l’exemple de tout à
l’heure. Mon existence est partagée entre deux terres. Il y a
une terre plate, sur laquelle je marche. Il y a une terre sphérique,
sur laquelle je sais que je vis. C’est un fait. Pourtant, dans la
pratique, ma perception ne sera pas la même si je crois que la terre
est plate, ou si je sais qu’elle est sphérique. Et nous
pourrions aller plus loin : l’homme du temps de Galilée savait
que la terre ne bougeait pas — puisque la science le lui disait. De
la même manière, je sais que la terre tourne — parce que
je crois ce que me disent les scientifiques. Le savoir et le croire sont
plus enchevêtrés qu’il ne paraît.
|
Par conséquent, la frontière pourrait
être ténue, entre le scientifique et le théologien. Ce
dernier nous dirait : “Je sais que je crois.” — à
quoi le scientifique répondrait : “Je crois que je
sais.” Il n’y a pas de savoir sans croyance. Et peut-être
n’y a-t-il pas, sauf cas extrême, de croyance sans savoir.
|
Car, après tout, qui pourra dire que les
rédacteurs de la Genèse n’avaient aucun savoir sur le
monde ? Ils avaient observé le monde. Ils disposaient des
connaissances de leur temps. Bien sûr, leur savoir était
incomplet. Mais le nôtre ne l’est-il pas ?
|
3. Le grand récit des origines et le
mystère du petit photon
|
Allons plus loin. Oserions-nous comparer deux
démarches : celle du rédacteur de la Genèse et celle
de l’astrophysicien contemporain ? Tous deux mettent de l’ordre
dans le cosmos. Ils sont en quête de cohérence. Tous deux
produisent les cathédrales de la pensée, devant lesquelles la
conscience s’émerveille. Ils rédigent un grand
récit, organisé autour d’une origine et
façonné par un immense mouvement : celui-ci nous conduit vers
l’inconnu d’un lendemain qui est aussi une promesse. Enfin,
tous deux restent aux prises avec une part de mystère, qui nous
permet de renouer avec une esthétique, avec la poésie de
l’existence.
|
Je ne voudrais pas m’aventurer trop loin dans le
débat. Mais pour l’ouvrir ici, je voudrais revenir sur un
récit. Je ne tenterai pas de l’expliquer. Pour moi, il y va
d’un mystère, même s’il n’exclut pas la
vérité. Il y va de la science, même si la description
prend la forme du mythe. C’est l’histoire du petit photon. Il
était tout seul dans la création. Mais sa solitude
n’expliquait pas la transmission de la lumière. Alors,
l’astrophysicien dit : “Il ne peut pas interférer avec
lui-même.” C’est pourquoi l’astrophysicien lui
“créa” une aide qui lui soit semblable, une aide
à son image et à sa ressemblance. Et le petit photon ne fut
plus seul dans l’univers pluriel.
|
Sommes-nous dans la science ? Sommes-nous dans le mythe
? Sommes-nous, à la fois, dans l’histoire et le mythe ? Si
l’on retient le “à la fois”, un horizon nouveau
peut être ouvert à la pensée. Il n’y a plus
d’un côté le réel et de l’autre le mythe.
Mais on peut explorer, de manière multiple, la dimension plurielle
de l’univers.
|
Je laisse aux astrophysiciens le soin de nous parler de
ce “petit photon”.
|
|
Paiement en ligne : 15 €
Par courrier : accès au formulaire Frais de port offerts pour l'Europe occidentale |
[Profession de Foi de Théolib | L'Équipe de Théolib | Les articles | L'Actualité de Théolib | L'Accueil]