2. Vivant pour nous tous |
Les théologiens du Process proposent une tout autre
compréhension de l'oeuvre de Jésus (ils ne l'ont pas
inventée; on la trouve avant eux et ailleurs que chez eux).
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La générosité de Dieu. |
Quand il pardonne et sauve, Dieu le fait gratuitement. Il ne pose aucune condition. Il n'exige rien, ni rançon, ni réparation, ni sacrifice expiatoire, ni offrande propitiatoire, ni punition substitutive. Tout cela ne l'intéresse pas. Il demande seulement qu'on l'écoute, qu'on s'ouvre à sa parole, qu'on se laisse inspirer, convertir, transformer, entraîner par elle.
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Dieu cherche toujours à gagner les coeurs, les esprits, les volontés, à convaincre et à persuader. Dans ce but, il suscite des témoins, des prophètes ou des sages qui parlent en son nom et de sa part. Lentement, patiemment, progressivement, Dieu agit dans l'humanité pour quelle avance, se rapproche de lui,
et pour que le monde devienne meilleur.
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La mort de
Jésus échec pour Dieu |
Au début de
notre ère, en Palestine, avec une vigueur et une clarté
qu'on ne rencontre nulle part ailleurs, Jésus a fait entendre
l'appel de Dieu. Il l'incarne de manière unique dans sa
prédication et son comportement, dans sa personne et son
existence. Il représente l'intervention la plus importante, la
plus décisive, la plus profonde de Dieu dans l'histoire
humaine. Il proclame clairement la parole ailleurs confuse.
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Bien sûr, Dieu espérait que Jésus serait écouté et suivi, qu'à sa voix les humains se convertiraient, changeraient de vie, et qu'avec lui le Royaume ferait son
entrée et s'installerait dans notre monde. Cette attente a
été déçue. Jésus s'est
heurté à une vive hostilité. Sa personne et son
message ont été rejetés. Ses adversaires ont
obtenu qu'il soit arrêté, condamné,
exécuté.
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Dieu na pas voulu, ni même prévu la Croix. Loin de s'inscrire dans ses projets et ses calculs de Dieu, elle représente pour lui un terrible échec. Elle constitue le refus le plus net, le plus brutal qu'on pouvait lui opposer. Le soir du vendredi saint, Dieu est un vaincu, et non pas un souverain qui aurait obtenu les satisfactions qui lui étaient dues, et les réparations qu'il demandait.
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Un échec
refusé |
Dieu n'accepte pas cette défaite. Il ne se résigne pas ni ne baisse pas les bras,. Il n'abandonne pas l'humanité et le monde à leur sort. Il décide de continuer, alors que tout semble indiquer qu'il n'y a plus rien à faire, qu'il a perdu la partie.
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Il agit de manière inattendue, surprenante. Il retourne la situation, d'abord en ressuscitant Jésus pour que sa Parole reste vivante et agissante; ensuite, en suscitant des témoins de
l'évangile afin que sans cesse les êtres humains soient
appelés, invités, introduits à cette vie
nouvelle que Dieu leur propose et qui est leur salut.
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Et les textes ? |
Plusieurs passages du Nouveau Testament qualifient Jésus de victime expiatoire, affirment qu'il s'est donné ou livré, qu'il a souffert et est mort pour nos péchés. Ils présentent la Croix, ou le sang versé comme le prix payé afin de nous racheter et de nous libérer, voire comme un "sacrifice de bonne odeur" (expression horrible) offert à Dieu.
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Les théologiens du Process voient dans ces formules des images qu'explique et qu'éclaire le contexte du premier
siècle. Celle du prix payé convenait bien dans un monde
où le marché des esclaves était une
réalité quotidienne et banale, où l'on faisait commerce avec des vies humaines et où la liberté s'achetait. Celle de la victime tuée sur un autel est adaptée à une époque où, partout et tout le temps, on sacrifiait à des divinités pour obtenir leur indulgence et leur faveur. Le Nouveau Testament est un recueil de
prédications, et non un manuel de doctrines. Il parle le
langage de ceux à qui il s'adresse. Ils utilise des images qui
correspondent à leurs coutumes, à leurs manières
de vivre et de penser.
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De même Anselme, au onzième siècle, propose une explication du salut appropriée aux règles et mentalités féodales qui se mettaient alors en place. On aurait tort de le lui reprocher. Par contre, lorsque les images deviennent des doctrines, quand on transforme en système théologique ce qui est comparaison, alors on tombe dans l'absurde, et sous prétexte de fidélité aux textes on en fausse le sens.
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A cause de la Croix ou malgré elle ? |
Selon la théorie de l'expiation substitutive, Dieu nous sauve à cause de la croix, en raison du sacrifice du Christ, parce que Jésus lui offre sa vie pour nous.
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Pour la théologie du Process, au contraire, Dieu nous sauve malgré la Croix, en dépit du crime quelle constitue
(exemple et symbole de toutes les atrocités humaines). La
croix n'entre pas dans une froide logique que Dieu ferait
soigneusement respecter, et qu'il imposerait aux hommes et à
son Fils quoi quelle puisse leur coûter. Elle s'insère
dans un drame, celui de l'opposition des êtres humains à
la parole divine.
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La Croix, ainsi comprise, contredit la thèse (non biblique) de la toute-puissance de Dieu. Elle montre que des événements arrivent contre sa volonté. et qu'il lui arrive d'être mis en échec par ses créatures. Il ne ressemble pas à un marionnettiste qui tirerait tous les fils, et qui conduirait à son gré les personnages et les
événements. Il est engagé dans une entreprise
difficile, dans un combat où tout ne se passe pas selon ses
plans et ses desseins, où il reçoit des coups et des
blessures. Les humains ont la capacité de lui dire "non", de
s'opposer à lui, en tout cas provisoirement. Il ne se
caractérise pas par une domination totale, mais par un amour
agissant et militant, par un effort douloureux, une lutte
persévérante qu'il poursuivra jusqu'au bout.
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Le fondement de la
foi chrétienne |
La Croix et la Résurrection se trouvent au coeur et au centre de la foi chrétienne, mais pour un autre motif que celui indiqué par la théologie traditionnelle. Ils suscitent et soutiennent notre confiance en Dieu, ils nous donnent la joyeuse et tranquille certitude du salut pour deux raisons :
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- 1. Si Dieu n'a pas rejeté et abandonné les humains après ce qu'ils ont fait à Jésus, après le refus qu'ils lui ont opposé et le crime qu'ils ont commis, à Golgotha, cela signifie que rien ne pourra le détourner d'eux, que jamais il ne les laissera tomber, ni ne renoncera à s'en occuper. Il continuera inlassablement son oeuvre, puisque même la Croix ne l'en a pas découragé ni dissuadé.
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- 2. Que Dieu ait su surmonter et renverser à Pâques une situation apparemment aussi bloquée et désespérée que celle de Golgotha, fait naître en nous une immense confiance, nous donne l'assurance que rien ne parviendra à le mettre définitivement en échec. Il réussira toujours à trouver une solution positive, et aucune circonstance ne l'empêchera d'aller jusqu'au but qu'il s'est
fixé. Ce qu'il a fait à Jérusalem autour des
années 30 a toujours servi et servira toujours de
référence à la foi, parce qu'il y a là un
signe et un gage de ce qu'il peut faire et de ce qu'il fera.
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La Croix est liée au salut non parce quelle apporterait à Dieu une satisfaction quelconque, en rétablissant son honneur, ou en se conformant aux règles d'une justice formaliste, mais parce quelle témoigne d'un amour qui ne se laisse jamais rebuter, et d'une puissance qui finit pas l'emporter. Malgré toutes les oppositions et tous les obstacles, Dieu fait surgir dans nos
existences et dans notre monde la vie eschatologique du Royaume, qui
progressivement fait de nous de nouvelles créatures, c'est
à dire des êtres véritablement humains.
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Quel salut ? |
Anselme voit avant tout dans le salut une amnistie (chèrement payée); qui règle un contentieux, qui répare et efface une faute commise. Pour la théologie du Process, être sauvé veut dire entrer dans la vie nouvelle offerte et ouverte par Dieu. Le salut se produit, travaille quand en nous et autour de nous l'emportent la vérité, la justice, la paix et l'amour. Il ne consiste pas en une procédure juridique qui aboutirait à un acquittement devant un tribunal, mais en une
transformation du monde et de l'être humain.
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Il ne s'agit pas tant de régler une dette, d'apurer un passé que de s'ouvrir à l'avenir, de bâtir avec l'aide de Dieu, sous son impulsion ce Royaume que proclame Jésus et auquel il nous invite. Dans une perspective voisine, Schweitzer écrivait à l'un de ses critiques : "vous me reprochez de situer le centre de gravité de la foi chrétienne dans l'avenir au lieu de le placer dans le drame rédempteur lors de la mort et de la résurrection du Christ. Le reproche est
juste...Seulement, c'est Jésus lui-même qui situe le
centre de gravité de la foi chrétienne dans
l'avenir...dans la venue du Royaume de Dieu en notre coeur et dans le
monde".
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| (Document theolib) |