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Discours & lettres au Synode |
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| Timothée Colani, Athanase Coquerel fils, Félix Pécaut, Mathieu-Jules Gaufrès | |
| Avant-propos de Pierre-Yves Ruff Collection Libres pensées protestantes |
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Nous sommes aussi l’Église
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“Quand on aime son Église ainsi qu’une famille, on ne la quitte pas, on ne l’abandonne pas, on ne la déserte pas, alors même qu’elle se trompe. On travaille à la réformer ; on annonce la vérité dont on se croit le dépositaire, et on l’annonce d’une voix si importune qu’on force l’Église soit à écouter le novateur soit à le chasser. C’est ainsi qu’a agi Luther lorsqu’il se fit excommunier, c’est ainsi qu’ont agi les apôtres lorsqu’ils se sont fait renvoyer de la synagogue, et c’est ainsi que nous agirons. Nous ne nous en irons pas, nous ne nous tairons pas,
il faudra nous chasser. Vous ne le pouvez, car, vous avez beau dire, vous n’êtes pas l’Église, vous n’avez ni assez d’autorité légale, ni surtout assez d’autorité morale. Mais si, un jour, la véritable Église, le peuple protestant, nous disait : Taisez-vous ou sortez ; nous
sortirions avec une grande tristesse (de pareils déchirements sont toujours douloureux), mais aussi, écoutez-moi, avec un profond sentiment de délivrance, et je vous en dirai la raison : c’est que l’orthodoxie, depuis plusieurs années, devient parmi nous de moins en moins religieuse.”
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Cette déclaration de Colani donne le ton de l’une des pages les moins glorieuses du protestantisme français. Quand bien même les pasteurs jugés “radicaux” s’étaient à peu près tous éloignés de l’Église, il s’agissait pour l’orthodoxie régnante d’imposer une Déclaration de foi, jugée inacceptable par les libéraux, tant par son contenu que par le principe même de ramener des esprits libres sous le joug des dogmes.
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Page de l’histoire fort peu glorieuse, également, car elle pose la question de savoir, en matière de foi, si la vérité peut se voter à la majorité.
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Page peu glorieuse, enfin, car si le
XVIIIe siècle avait vu naître ce que les sociologues ont appelé le “néoprotestantisme” (un protestantisme émancipé des dogmes, de l’irrationnel, des miracles, etc.), le Synode de 1872 effectue un immense retour
en arrière, transformant le protestantisme français en une pâle copie du catholicisme — tandis que le catholicisme, de son côté, s’efforce d’en découdre avec ses “modernistes” et décrête les dogmes les plus éloignés de l’Évangile qui ait jamais été imaginés.
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Devant ce phénomène, et dans l’espoir de résister à cette irrépressible volonté de régir les consciences, des voix se sont élevées, sans jamais contester que d’autres approches que la leur ait le droit de prendre place dans l’Église. Quatre ont été retenues ici, celles de Timothée Colani, Athanase Coquerel fils, Félix Pécaut, Mathieu-Jules Gaufrès.
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Ce volume laisse entière une question : peut-on envisager une fidélité moderne à l’Évangile, dans les Églises, avec les Églises ou malgré les Églises
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Si la réponse n’est pas donnée, des ouvertures sont suggérées. Peut-être l’une des missions du protestantisme libéral — ou, plus largement, du christianisme libéral —, est-elle de les repenser, de se les réapproprier, pour en faire quelque chose dans le monde de demain.
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