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Sébastien Castellion et la Réforme calviniste. Les deux Réformes |
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| Étienne Giran | |
| Avant-propos de Pierre-Yves Ruff Collection Libres pensées protestantes |
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Extraits
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Servet fut le premier, le plus glorieux, le plus authentique martyr de la foi
libre. Il est mort pour affirmer les imprescriptibles droits de la conscience
humaine, pour sauvegarder la souveraineté du libre examen, en matière de foi. Il a subi le plus affreux des supplices, pour faire triompher, malgré Calvin, les principes de la Réforme. Et, protestant libéral, en fils respectueux, je me réclame de lui.
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Durant de longs siècles, dans le protestantisme, un mot d’ordre mystérieux imposa le silence autour de ces horreurs. Non seulement il était interdit d’en parler, mais y penser était presque un crime ; puis, par une habile transition, on en vint à excuser les faits en considération de l’intolérance générale. Littré alla même jusqu’à dire qu’on ne trouverait pas un atome de tolérance dans tout le XVIe siècle.
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Comment les Calvinistes n’auraient-ils pas adopté ce jugement qui leur était si favorable ? L’un d’eux, l’historien Bungener, faisant allusion aux circonstances qui entourèrent le supplice de Servet, écrit : “Tout cela est odieux pour nous, mais n’avait alors rien que de très simple.” (Histoire de la Réforme, page 320.) M. de Félice complète cette appréciation : “Ce n’est pas Calvin qui a dressé le bûcher de Michel Servet : c’est le XVIe siècle tout entier…” (Histoire des Protestants, page 55.)
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C’est évidemment cette pensée qui a dicté à M. Doumergue l’inscription qu’on lit sur le monument expiatoire, dressé par les protestants, à Champel le 27 octobre 1903 :
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“Fils respectueux et reconnaissants de Calvin, notre grand Réformateur, mais condamnant une erreur qui fut celle de son siècle, et fermement attachés à la liberté de conscience, selon les vrais principes de la Réformation et de l’Évangile, nous avons élevé ce monument expiatoire, le XXVII octobre MCMIII.”
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Il y aurait de l’injustice à diminuer la beauté de cet acte de contrition, qui répudie ouvertement l’intolérance des siècles passés. C’est presque une ère nouvelle qu’a ouverte le protestantisme : l’ère de la féconde et vivifiante expiation.
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“Au milieu du carrefour, s’écrie M. Doumergue, nous avons élevé notre grande pierre pour qu’elle dise :
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“Passant, arrête tes pas et écoute. Il ne faut pas confondre les Églises chrétiennes et l’Évangile du Christ. Les Églises prêchent l’Évangile, plus ou moins fidèlement ; elles ne le mettent pas en pratique tout entier, ni toujours. Ce qui est vrai
des hommes est vrai des Églises : il n’y en a pas une de juste, non pas même une seule !
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“Passant, arrête tes pas et écoute !
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“Quand les protestants parlent des chrétiens qui fondèrent leurs Églises au XVIe siècle, ils aiment à les appeler leurs pères, car ces chrétiens furent les héros admirables de la foi, de la piété, du martyre. Cependant ils furent aussi des hommes, c’est-à-dire des pécheurs. Et précisément, grâce au respect, à l’amour pour l’Évangile du Christ qu’ils ont inspiré à leurs enfants, ceux-ci en sont arrivés à distinguer entre les merveilles que cet Évangile a accomplies par leurs pères, et les fautes que leurs pères ont commises, en contradiction avec cet Évangile.
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“Voilà pourquoi, au nom de la solidarité du sang et de la foi, les protestants réformés ont voulu faire amende honorable. Ils attestent, ils certifient leurs regrets, leur humiliation d’autant plus sincère et plus douloureuse qu’elle est plus filiale.” (Monument expiatoire du supplice de M. Servet, page 40).
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Certes, c’est là une belle attitude ; des hommes qui s’humilient ainsi se grandissent étrangement, mais les fils respectueux et reconnaissants de Calvin se font peut-être quelque illusion, car leur acte d’accusation ressemble fort à une excuse. On dirait même que c’est là leur unique préoccupation. M. Doumergue a, peut-être, mis un peu trop d’empressement à demander qu’on passât l’éponge :
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“Comment, s’écrie-t-il, pourrait-on désormais nous reprocher des actes que nous avons si solennellement condamnés ? La dette que nos pères avaient contractée, non pas envers Dieu, mais envers la société humaine, nous, les enfants, nous la payons, comme peut se payer une dette qui fut une erreur : en la reconnaissant. Non pas aux yeux de Dieu, mais aux yeux des hommes, cette dette est effacée, elle est expiée! Les adversaires du protestantisme n’ont plus le droit d’en parler …”
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C’est évidemment un désir louable, mais c’est aller un peu vite en besogne. Dans son noble souci de laver la mémoire de Calvin, M. Doumergue oublie les droits de l’histoire. Si généreuse que soit la tâche qu’on s’impose, on ne calomnie pas un siècle tout entier pour atténuer la responsabilité d’un coupable. On n’expie pas solennellement le crime d’un homme en se contentant de condamner une erreur dont on se hâte de dire qu’elle fut l’erreur de tout un siècle ! Aussi bien, il ne s’agit ni d’une erreur, ni d’un crime. Il s’agit d’une “poursuite à mort” où abondent les abus criminels, et cela, on ne l’expie pas à si bon compte. Certes, cet acte d’expiation garde toute sa valeur, en face de l’Église de Rome qui, usant des mêmes procédés, n’a pas encore fait, et ne fera probablement jamais, un geste semblable, mais il ne saurait donner satisfaction à ceux qui, héritiers conscients de la Réforme ne consentent pas à trouver, dans la soi-disant intransigeance du xvie siècle, des circonstances atténuantes qui équivalent presque à un acquittement. Ils jugent avec d’autres préoccupations.
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Il y a, dans les actes criminels de Calvin, quelque chose que les monuments expiatoires n’effaceront jamais et dont les protestants conscients garderont le droit de parler toujours. C’est le crime de Calvin contre la Réforme ; c’est l’audacieuse confiscation de ces principes protestants qui, seuls, lui permettaient de ne pas se soumettre à l’autorité de Rome. C’est la violation réfléchie, consciente, volontaire, des droits sacrés de la conscience religieuse qu’il faisait profession d’émanciper ; c’est son dessein arrêté de poursuivre à mort tous ceux qui mettaient en pratique les vrais principes de la Réforme ; c’est sa main mise sur les consciences réformées, véritable coup d’État qui le sacre pontife et souverain des âmes, décrétant d’hérésie quiconque ose penser autrement qu’il ne pense. Tout cela, pour reprendre les termes de M. Bungener, peut paraître très simple à tous les croyants orthodoxes et catholiques ; c’estodieux pour nous, plus encore, si c’est possible, que la mort d’un homme, car ce n’est pas seulement un être de chair et de sang que Calvin voulait atteindre, c’est l’Idée : “Morte la bête, pense-t-il, mort le venin !” |
Calvin se trompait, le venin devait survivre à la bête. La souveraineté de la conscience en matière de foi, et le libre examen en matière de croyance restaient, malgré Calvin et les Réformateurs, les seuls principes de la Réforme, et ils allaient s’affirmer à nouveau avec une lumineuse netteté et une incroyable audace. Malheureusement les Réformateurs, triomphants dans leur souveraineté spirituelle, n’étaient pas prêts à céder et, fatalement, ils devaient donner au monde ce spectacle attristant et paradoxal de ne pouvoir tolérer ce que M. Doumergue lui-même appelle les vrais principes de la Réforme. Est-il exagéré de dire qu’à ce moment les Réformateurs avaient cessé d’être Réformés ?
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Il y a une flagrante injustice à identifier la Réforme avec la personnalité de tel ou tel Réformateur. À moins d’être inconscient, il est impossible de confondre un mouvement qui a pour fondement unique la liberté de conscience, avec l’œuvre d’oppression d’un homme qui la nie. Auprès de qui Napoléon passe-t-il pour le type parfait du républicain ? Un usurpateur, si audacieux ou si génial qu’il soit, reste un usurpateur, et on n’a pas l’habitude d’identifier son usurpation avec les libertés ou les principes qu’il sacrifie à son ambition. — Il n’en est pas du protestantisme comme de l’Église Romaine. Ici c’est le Chef, ce sont les conciles, ce sont les autorités ecclésiastiques qui comptent, parce que le catholicisme est une religion d’autorité. Le protestantisme, au contraire, étant une religion de libre examen, c’est l’individu qui compte, et les chefs protestants qui, au cours de l’histoire, ont voulu régenter les consciences protestantes, avaient, par là-même, cessé d’être protestants.
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Par quelle tenace aberration persiste-t-on à juger du protestantisme par ceux-là seuls qui, dans leur exclusivisme autoritaire, en nient précisément les vrais principes ? Calvin et Bèze et Farel n’étaient pas la Réforme au XVIe siècle. À côté de ces chefs infidèles ou inconscients, il y avait des Réformés conscients et fidèles, et Calvin ne devait pas tarder à s’en apercevoir.
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“Les cendres de ce malheureux (Servet) étaient à peine refroidies que l’on se mit à discuter la question du châtiment des hérétiques. Les uns accordaient qu’il faut les réprimer mais non leur infliger la peine capitale. Les autres, sous prétexte que l’hérésie ne peut jamais être bien démontrée par la parole de Dieu, et qu’il est permis d’avoir, sur tous les points de la foi, l’une ou l’autre opinion, pensaient qu’on devait les abandonner au jugement de Dieu.” (Vita Calvini, par Bèze.)
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Dire que l’hérésie ne peut pas être démontrée et affirmer qu’il est permis de penser librement, voilà certes des prétextes bien audacieux. Ces prétextes, malheureusement pour les Réformateurs de Genève, étaient tout simplement les principes de la Réforme, et il faut croire qu’un certain nombre de protestants les invoquaient car les correspondants de Calvin s’en émeuvent étrangement, et Calvin lui-même se surprend à partager leurs inquiétudes : “J’estime, écrit à Farel le Réformateur de Montbéliard, Pierre Toussaint, j’estime que nous n’avons pas le droit d’intenter une poursuite criminelle pour cause de religion.” Le professeur Rodolphe Gwalther signale avec inquiétude un fait déplorable : “À Zurich, la cause de Servet a déjà trouvé des partisans, parmi les Français et les Italiens, en plus grand nombre que vous ne croyez !” À Genève même, des imprudents se risquent à dire leurs sentiments. Mais il faut voir comment, sous le régime de la Réforme, sont traités ces Réformés conscients. Mathieu Antoine est mis en prison “pour avoir mal parlé de l’exécution contre Servet et de la translation de Castellion ; il est arrêté qu’on lui fasse remontrance et qu’il vide la ville, attendu qu’il est un fantastique à peine du fouet et mette les genoux à terre et de crier merci à Dieu et à la justice.” Catherine Cop est condamnée pour avoir soutenu que Servet était “martyr de Jésus”. Benjamin, imprimeur, est poursuivi parce qu’il a tenu certains propos tendant à la louange de Servet, et même il a dit que “Servet était homme de bien et que les magistrats l’avaient fait mourir à l’appétit d’un homme”. (...)
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“Dans l’héritage des Réformateurs et de Calvin, écrit M. Doumergue, il y avait une partie de lumière, illuminant la société future ; il y avait une partie de ténèbres, projetée par une foi antique. On a pris la lumière, on a laissé les ténèbres.” (Discours sur les libertés modernes, page 43.)
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Le très honorable professeur calviniste a raison de parler de ténèbres et d’identifier ces ténèbres “à la formule plus ou moins fausse du serf-arbitre et de la prédestination” mais il se trompe étrangement en croyant que “la partie de lumière qui devait illuminer la société future” sort des œuvres de Calvin. S’il est vrai que cette lumière réside, comme il l’écrit, dans “l’égalité, la souveraineté du peuple, l’affranchissement des jougs imposés à la conscience,” cette lumière ne jaillit ni des œuvres de Calvin, ni de son attitude, ni de sa dogmatique, ni de ses méthodes de gouvernement, ni de sa notion de la Réforme, ni de ses principes d’autoritarisme doctrinal.
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L’égalité des hommes, libérés de tous les servages spirituels, devant la vérité insaisie et le mystère des Réalités terrestres ou célestes, il l’a niée ! La souveraineté du peuple, qui ne peut résider que dans l’exercice d’une liberté reconnue et réalisée, il l’a combattue de tout son pouvoir et a pesé sur elle de tout le poids de son inconcevable métaphysique. L’affranchissement des jougs imposés a la conscience s’est fait malgré lui, contre lui, à sa grande déception, à sa grande colère, et c’est de toute son indignation, à grand renfort d’injures et de calomnies, qu’il a protesté contre l’affranchissement de la conscience. Si aujourd’hui la libre recherche, le libre examen, la foi libre, font partie du patrimoine réformé, c’est malgré lui, et c’est contre sa volonté. Si les Églises sont devenues tolérantes, si l’esprit latitudinaire l’emporte sur l’exclusivisme doctrinal, si les professeurs de théologie (comme M. Doumergue) peuvent à loisir discuter ses formules ; si des professeurs de tendance libérale, peuvent enseigner dans l’Université qu’il créa, si des pasteurs libéraux en sortent, tous les ans, pour répandre, dans les pays de langue française, les principes de tolérance et de libre examen, c’est malgré lui, et c’est contre lui que tout cela se fait : c’est son œuvre qu’on désagrège, c’est son grand édifice doctrinal qu’on émiette, c’est son esprit qu’on tue. Les Églises de la Réforme reviennent progressivement à leur destination primitive. La digue que Calvin avait dressée, en plein courant de la Réforme, n’est plus qu’un pauvre amoncellement de ruines impuissantes : la liberté religieuse y coule à pleins bords, se riant de ses ambitions de pontife. La vérité a balayé ses doctrines paralysantes. La science et l’exégèse ont rompu les portes des prisons où il avait cadenassé le texte biblique. L’esprit moderne souffle sur les consciences qu’il avait liées à des carcans de fer, et l’âme, libérée, s’épanouit dans une adhésion volontaire et libre à la Bonne Nouvelle du Maître.
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Les églises de la Réforme ne sont plus les églises de Calvin, elles sont rentrées, après plusieurs siècles d’égarement, dans la tradition protestante. Certes, l’esprit calviniste, là où il est professé par une minorité ne désarme pas : il ronge son frein dans l’attente d’une illusoire victoire. Là où il est encore le maître il s’impose avec autorité. Mais ses dernières redoutes chancellent, ses vieux remparts se lézardent et, tel un fort désaffecté, on le verra bientôt lever vers le ciel ses pauvres tourelles démantelées et impuissantes.
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Mais qu’on cesse de nous dire que Calvin et Théodore de Bèze, ou leurs disciples, ont affranchi la conscience des jougs spirituels ou séculiers. Ce serait plus que du parti pris : ce serait un défi jeté au bon sens et à la réalité historique.
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Il y a quelques années on a célébré, à Genève, le quatrième centenaire de la Réformation. On a abondamment glorifié Calvin. Spectacle admirable, tous les partis étaient représentés, toutes les tendances, toutes les doctrines fraternisaient. La voix des libres croyants et des libres penseurs se mêlait à la voix des orthodoxes et même des catholiques. Les unitaires donnaient la réplique aux trinitaires. Les Calvinistes chantaient les louanges de leur chef tandis qu’en face on exaltait Castellion. Tous, dis-je, étaient présents à cette fête réformée, tous… sauf Calvin et Théodore de Bèze. L’esprit de Castellion était là, vivant dans le cœur de chacun ; la pensée de Curione était là ; les principes de Socin et de Coornhert étaient là ; mais l’esprit et la pensée et les principes de Calvin et de Théodore de Bèze étaient absents. Si à un moment quelconque, soit dans les discours officiels, soit dans le service solennel de St Pierre, le vrai Calvin, le redoutable dictateur de Genève, avait pris la parole pour professer ses terribles doctrines, c’est par des clameurs indignées que sa voix eût été couverte !
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Vous souvient-il de cette dédicace qu’un des amis de Castellion écrivait sur l’exemplaire du Traité des hérétiques qu’il envoyait à d’Amerbach : le moucheron contre l’éléphant ?
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Le moucheron, le minuscule moucheron triomphait. Et l’éléphant domestiqué, dressé, désarmé, privé de ses redoutables défenses, émasculé, amolli, les yeux ternes, la démarche incertaine, sans prestige et sans vigueur, se cachait, tout honteux sous les draperies chatoyantes dont on essayait de couvrir ses difformités et ses tares.
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J’assistais à cette belle parade et le “triomphateur” me fit l’effet de la plus attristante victime ! Et je me sentis saisi, à son égard, d’une incommensurable pitié. Je me demandais s’il avait mérité cette déchéance, et si ses disciples, en l’affublant ainsi de théories qui étaient la négation de ses plus chères doctrines, n’infligeaient pas à son esprit un supplice plus grand que celui de Michel Servet !
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