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Libre-pensée et protestantisme libéral. |
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| Sommaire des revues Théolib 17 à 28 |
| Sommaire des revues Théolib 29 et suivants |
Ouverture du colloque |
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| Pierre-Yves RUFF |
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À l’occasion de la réédition par Théolib de l’échange qu’eurent Ferdinand Buisson et Charles Wagner autour de la question de la Libre-pensée, écrits auxquels nous avons adjoint un autre échange, très peu connu, concernant les Droits de l’Homme, nous avons organisé, en mars 2009, un colloque dédié à ce sujet. Ce numéro de Théolib présente les quatre interventions. Nous en reproduisons l’introduction, en guise ici d’éditorial. | |
Évoquer une libre-pensée religieuse provoque volontiers l’étonnement ou la stupéfaction. D’aucuns y voient un néologisme barbare, une contradiction entre les termes, voire une absurdité logique. Pour eux, les choses vont de soi : un libre-penseur ne peut en aucun cas s’affirmer comme esprit religieux ; une personne ancrée dans la dimension religieuse ne peut en aucun cas se prétendre libre-penseur. | |
Vous connaissez cette définition un peu hâtive, donnée en 1881 : la libre-pensée est une “société rationaliste et athéistique”. Dans cette veine, être libre-penseur impliquerait deux éléments : faire profession d’athéisme, et ne pas accomplir, pour soi-même ou ses proches, des actes religieux. Cela paraît tout simple.
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Mais la simplicité cache souvent une question irrésolue. En l’occurrence, il s’agirait plutôt de multiples questions. Qu’est-ce que croire ? Croire qu’il n’y a pas de Dieu, n’est-ce pas déjà croire ? Et cette dimension de la croyance n’imprègne-t-elle pas l’ensemble de nos existences ? Puis, au-delà ou en deçà de la question de la croyance, se pose une question plus difficile encore : c’est la question de la nature, de l’origine et du ressort de la croyance, ou encore la question de l’humain.
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Il revenait sans doute à Théolib d’ouvrir à nouveaux frais un débat qui pouvait sembler clos. Issu de ce protestantisme libéral qui s’est jadis revendiqué de la libre-pensée religieuse — je pense ici à nombre d’artisans de la laïcité — ou encore d’une religion profondément laïque, comment serions-nous insensibles à l’actualité et l’acuité de ces questions ?
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Pour en parler, nous avons réuni quatre conférenciers. Fallait-il les remercier ? J’avoue avoir quelque peu hésité. Et puis, je me suis dit que nous avions, dans l’existence, bien peu d’occasions légitimes de nous remercier nous-mêmes. Je remercierai donc, et chaleureusement, l’ensemble de nos intervenants.
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Je dérogerai toutefois à l’une des étapes habituelles dans le rituel des colloques : celle de la présentation des orateurs. Présenter un humain, c’est toujours le fixer dans un cadre, pour ne pas dire le figer dans une cage.
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Voilà qui fait penser au lion domestiqué de Wagner. Quand il croise un lion sauvage, il le regarde avec dédain : “Tu n’est pas un lion : où donc sont tes barreaux, et où donc est ta cage ?” Pour nous, autant laisser les choses ouvertes, dans l’espérance de l’inattendu et l’écoute d’une parole libre.
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Merci, bien entendu, à vous, qui parfois venez de loin. Merci surtout aux deux seuls vrais initiateurs de notre journée : Charles Wagner et Ferdinand Buisson. Le premier affirmait : “Au commencement, la religion est laïque, et dans son essence profonde, elle doit le rester.” Sans quoi, ajoutait-il, elle finit ses jours à l’état de conserves : c’est bien fermé, mais on y manque d’air. Cela permet de préserver des choses mortes. Mais, ajoutait Wagner, “de trop vastes nécropoles compromettent l’hygiène de la cité”.
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Quant à Buisson, parlant des grandes constructions théologiques, dont Théodore Monod affirmait qu’elles étaient les “cathédrales de la pensée”, il écrivait : “Nous n’oublions pas que la conscience humaine a grandi à l’ombre des doctrines religieuses. Mais elle n’est plus, croyons-nous, attachée à la fortune de ces grandes constructions métaphysiques tour à tour élaborées et abandonnées par le génie de l’homme.”
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Autant dire que les protestants libéraux se retrouvent au moins dans un constat, à savoir que les cartes postales héritées du passé ne sont plus, et cela depuis longtemps, les espaces privilégiés de la pensée et de la foi.
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Voilà qui nous ramène à la question de ce colloque. Une libre-pensée religieuse, ou encore une religion laïque, est-ce aujourd’hui pensable ? Prenons le temps d’affronter la question, et de la soumettre à ce libre examen d’où provient, à nos yeux, la lumière de notre raison et l’évidence de nos choix. | |
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