Martine Lecoq, Lettres spirituelles, suivies de Paraboles et Fragments

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Lettres spirituelles, suivies de Paraboles et Fragments

 
Martine Lecoq
Avant-propos de Pierre-Yves Ruff
 
Collection Écritures

     
    Faire mémoire, dit-on...
    Ce livre étonnera sans doute, dérangera peut-être, enfin suscitera, dans des cas probablement moins rares qu’on ne pourrait le supposer, une interpellation profonde, ouvrant sur de tout autres approches de la foi.
    Car au fond, demanderont les partisans d’une théologie révélée – mais par qui ? – quel est le Dieu dont n’a de cesse de nous parler Martine Lecoq ? Est-ce un Dieu, ou bien nous livre-t-elle, dans ces Lettres dont nous ne nions nullement la nature spirituelle, cette part d’elle-même qu’elle s’efforce d’approcher, sans jamais ni l’atteindre ni la rater totalement ?
    Argument réversible, tant on pourrait répondre à de tels partisans des théologies révélées – mais encore, par qui ? – qu’eux-mêmes, dans leurs prières les plus profondes, les plus authentiques, les plus en phase avec le recueil de leur être, qui donc prient-ils au juste ? La réponse n’est nullement donnée.
    Et pourtant, la réponse se donne, dès lors que cesse la question des découpages ou, plutôt, des mises en coupe réglées. Car y a-t-il vraiment des différences fondamentales entre l’intérieur et l’extérieur, le “moi” et l’“autre”, l’orant et l’écoutant, l’humain et le divin ? Toute prière n’est-elle pas mise en vacillation des jeux réglés d’opposition ?
    Mais alors, demanderont encore les mêmes, peut-on prier sans croire en Dieu ? Et ne pas croire en Dieu, est-ce encore du christianisme ? Vaste question, que l’être rationnel voudrait savoir tranchée, mais qui, au plus profond de l’âme humaine, ne le sera jamais.
    Quoi qu’il en soit, et nul ne pourra le nier, il existe depuis toujours, au sein même du christianisme, d’autres manières de tracer sa propre voie. De façon classique, un peu plate sans doute, les pratiquants  de cette voie sont souvent qualifiés de mystiques. On songe alors à celles et ceux qui se réfèrent au “nuage d’inconnaissance”, nuage qui plonge celles et ceux qui le rencontrent au cœur d’un absolue incertitude et qui, pourtant, les guide sur un chemin dont la grandeur est d’exister – qu’importe de savoir, quand on le suit, s’il mène quelque part, ou non.
    Doit-on qualifier de “mystiques” les écrits de Martine Lecoq. Incontestablement. Mais pour aussitôt ajouter que ce seul qualificatif ne dit rien quant au fond.  Ou plutôt, qu’il dit sans dire, qu’il obscurcit ce dont on attendait qu’il l’éclairât.
    Car on pourrait, tout aussi bien, lire ce livre comme un prolongement de l’œuvre de nos grands “moralistes” – ceux qui visaient, non pas à “faire la morale”, mais à guider chacun sur le chemin des plus importantes questions : celles qui concernent, non pas quelque au-delà, pas même forcément l’au-delà de soi-même, mais le soi-même, justement, à accueillir dans sa fragilité, dans sa faiblesse, pour en découvrir la grandeur.
    Et l’on pourrait, également, noter que si la “nuit mystique” fut très souvent liée à quelque forme de déchirement intérieur – phase première, probablement, d’un tel chemin – ici, il en va d’autre chose. Peut-être faudrait-il parler d’un singulier mélange de détachement et d’amour de la vie. Chant d’amour de soi-même (au double sens du génitif : à la fois amour d’un soi redécouvert et transformé, mais aussi un amour provenant de soi-même, et s’adressant… à qui, d’ailleurs ? à ce qui vient, ne saurait être là, mais s’annonce, toujours, sous la forme d’une espérance, d’une mémoire et d’une promesse, la mémoire d’une promesse et la promesse d’une mémoire).
    Mais il est temps de lire, et de se taire, pour mieux parler ensuite…

    Il y a…
    Il y a en nous un trésor voilé. Mais il ne se révèle que peu à peu.
    D’abord, l’être humain ne le reconnaît pas.
    Il est plongé dans le temps qu’il a créé. Un temps continu qui lui donne l’impression que la vie est un fil sans accidents, qui ne peut rompre sans son consentement.
    Il sent bien une angoisse pourtant. Il a des moments noirs.
    Mais c’est si noir justement ! C’est un trésor noir qui l’habite. Quelque chose qui a l’air à l’opposé de la douceur, de la tendresse.
    Comment pourrait-il se douter que c’est le lit de l’amour. Celui qui viendra. Comment pourrait-il se douter que ce monstre qu’il porte en lui est inoffensif. Qu’il fera un bel enfant, un bel homme, une femme superbe.
    Martine LECOQ.


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