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De l’avenir du théisme chrétien considéré comme religion |
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| Félix Pécaut | |
| Avant-propos de Patrick Cabanel et Pierre-Yves Ruff |
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Paiement en ligne : 15 € (cliquez sur le bouton ci-dessus : F. Pécaut).
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Théolib a publié en hors-série
la réédition d'un livre coup de coeur. Il fut
écrit par Félix pécaut en 1864 : “De
l’avenir du théisme chrétien considéré
comme religion”. Pour situer l’auteur : il fut
brièvement pasteur, mais son refus de dire le Symbole des
apôtres et les pressions institutionnelles le conduisirent à
renoncer. Il fut l’un des fondateurs de l'école laïque et
l’un des précurseurs de l’engagement féministe :
créer une école normale pour filles en un temps où l'on
admettait à peine qu'une infirmière ne soit pas sœur,
c’était alors une révolution... Et, dans ce livre, il
appelle à surmonter les clivages entre confessions —
même entre religions —, pour fonder une nouvelle approche
reprenant le meilleur de chaque tradition, mais en accord avec la
modernité républicaine. Dans la plus entière
fidélité, non pas aux aléas de l’histoire, mais
au message de l’Evangile.
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Un livre à méditer, surtout vu le
temps qui nous sépare de sa première publication. Un style
à réapprendre, à savourer. Un message
étonnamment contemporain. Extraits.
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Le christianisme naissant se rattachait à une
révélation surnaturelle, qui au bout de trois siècles
devint un système dogmatique bien déterminé. La
Réforme se hâta de substituer l’autorité de la
Bible à celle de l’Église, et elle maintint au
début les symboles des conciles œcuméniques.
Aujourd’hui, nous n’aurons plus la protection d’une
règle extérieure ; mais aussi, n’en subirons-nous pas
la gêne. Les idées vraies, à la faveur de la libre
discussion et des libres essais, finiront par triompher. Elles
triompheront, non pas sans doute dans l’intérêt
d’une Église unique, mais dans l’intérêt de
la piété. Chaque Église vaudra en raison des
lumières de la piété, de la vertu de ses membres :
ainsi Dieu sera adoré en esprit et en vérité.
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Combien d’hommes exclus du sanctuaire par leur
sincérité même reprochent secrètement à
l’Église, pétrifiée dans son dogme, de
n’avoir pas voulu leur apprendre à prier, de les avoir
condamnés à l’isolement. Combien
s’écriraient avec bonheur : Je crois à la sainte
Église universelle, mère de tous les hommes de bonne
volonté, qui aiment Dieu et qui veulent le servir.
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Pour moi, frères inconnus, j’ai
été plus d’une fois encouragé, fortifié
dans mon âme en lisant les pages où vous avez
déposé votre témoignage sur Dieu et sur la noblesse de
la nature humaine. Que vous vous rattachiez à la tradition celtique
ou à la philosophie cartésienne, que vos
préférences soient pour la tradition de la sainteté
catholique ou pour la Réforme du seizième siècle,
j’ai senti que nous étions de la même religion. Pourquoi
donc vivrions-nous isolés, inutiles les uns aux autres et inutiles
à nos semblables ?
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Serait-ce que vous craignez de tomber dans la secte,
d’aliéner votre liberté de penser ? Il est bon en effet
d’être jaloux de notre indépendance ; et à cet
égard le passé ne nous enseigne que trop la défiance.
Mais il est meilleur encore de n’être pas seul et de se placer
dans les conditions normales et fécondes de la communauté
spirituelle. Qu’avez-vous à craindre du théisme ? Quel
principe renferme-t-il qui menace votre pleine initiative ? Il n’a
point de Credo inflexible, point d’autorité écrite ou
orale qui puisse jamais en dicter un, point d’Église unique et
de droit divin qui exclue les églises nouvelles. Je n’y vois
que liberté individuelle, libre association, libre séparation
sous le regard de Dieu.
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Décidons-nous donc, après dix-huit
siècles d’éducation chrétienne, à croire
à la force de la vérité et à la capacité
religieuse et morale de l’homme. Il en est de la foi libre comme de
la liberté politique. Veut-on élever un peuple ? il faut le
traiter comme capable de liberté, s’adresser à ses bons
instincts, compter sur son intelligence et sa modération, y compter
non par figure de rhétorique, mais de bonne foi, et ne point se
laisser décourager par ses vices présents. Les plus esclaves
deviennent ainsi capables de se gouverner et d’y voir clair. Il
n’en est pas autrement de la foi libre.
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Et enfin quel autre parti prendre ? Abandonner notre
pays à l’empire des anciennes croyances ? cet empire est
détruit chez la plupart. Le rétablir de nos propres mains,
dans l’intérêt de la paix et du bon ordre ? Ce serait
une hypocrisie indigne et en outre stérile. Vous ne
réussiriez pas plus à relever la religion positive sur notre
sol moral dévasté, bouleversé en tous sens, qu’a
fonder l’ordre public sur les institutions à jamais
déracinées de la noblesse ou de la royauté de droit
divin. En politique comme en religion il ne reste qu’un seul parti
à prendre, qui heureusement n’est pas un pis-aller, mais le
plus rationnel de tous et le plus honorable à notre nature :
c’est de traiter les hommes en hommes et de les nourrir de
vérité.
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Est-ce à dire que je propose de fonder, du jour
au lendemain, une Église à part, sans tenir compte de la
préparation lente qui se fait dans les esprits, de la situation
politique, et d’autres circonstances encore ? Non ! je demande
seulement que l’on s’y prépare, que l’on envisage
hardiment cette éventualité, et que l’on dissipe les
appréhensions exagérées. Je sais que le culte
théiste ne s’établira pas de sitôt, au moins dans
un cercle étendu. Il faut d’abord que le sol soit mieux
déblayé, que les grandes traditions qui le couvrent soient
mieux appréciées ; que leur mérite respectif, le
rôle bon ou mauvais qu’elles ont rempli, soient mieux connus ;
que ce qu’il y a en elles de permanent et de vrai soit mis au jour
pour vivre, et que les formes erronées et passagères
finissent de tomber en poussière. Il faut que l’esprit nouveau
s’approprie sans confusion ces divers héritages, et
qu’il s’établisse comme légitime
propriétaire, avec ses nouvelles convenances, au sein de ces
anciennes habitudes, de ces idées, de ces exemples, de ces livres
sacrés. Il faut plus encore : il faut avant tout que cet esprit
moderne soit profondément religieux, et que dans son œuvre de
critique il s’associe au sentiment vif de Dieu présent dans la
nature humaine, dans l’histoire, dans l’univers. Tous les
grands problèmes, et en particulier celui de la liberté
morale, du péché, du progrès vers le bien sont
aujourd’hui l’objet d’un profond remaniement.
L’ensemble de nos idées sur l’ordre universel et la
place que l’homme occupe dans cet ordre offre des lacunes et des
incertitudes dont l’activité religieuse doit se ressentir. Il
y a dans cette situation de quoi nous rendre modestes et patients, mais non
pas de quoi nous décourager. Pour parler, il n’est pas
nécessaire de tout savoir, ni pour agir d’être parfait.
L’histoire nous apprend que les plus heureuses transformations, soit
individuelles, soit collectives, proviennent d’une semence de
vérité, souvent mêlée d’erreur, pourvu que
cette vérité soit centrale, et qu’elle ait pris
entière possession de l’âme de ses interprètes.
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En attendant le jour de la mise en pratique, que chacun
de nous soit du moins fidèle à sa propre pensée.
Vivons loyalement de notre foi, et assujettissons à notre foi notre
vie. Préparons par notre expérience personnelle de la foi
libre l’expérience collective qui est réservée
à de meilleurs temps ; et tenons-nous prêts à mettre la
main à l’œuvre lorsque Dieu nous en donnera le signal.
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Ô sainte Église de l’avenir,
appelée par tant d’âmes d’élite de toutes
les communions religieuses et de toutes les écoles philosophiques,
fille de l’Église catholique qui a porté dans ses
flancs une postérité de saints, fille de
l’Église protestante féconde en hommes forts, fille des
Églises persécutées et flétries du nom de
sectes par leurs oppresseurs, fille des grandes écoles
spiritualistes qui ont allaité tant d’hommes libres, ô
Église véritablement universelle, je salue avec transport ta
prochaine venue ! Tu as eu, toi aussi, tes précurseurs qui ont
versé leur sang pour la liberté de croire et d’adorer,
sans qu’il leur ait été donné de voir ton jour !
Ah ! Puisses-tu apparaître bientôt plus belle, plus sainte,
plus hospitalière que les Églises anciennes, pour relever nos
courages et pour jeter le sel dans un monde qui se corrompt. Il semble
hélas ! que nous ne soyons plus que des étrangers les uns
pour les autres depuis que le lien religieux a cessé de nous unir ;
viens donc nous dévoiler l’image divine gravée en
chaque homme, et nous créer une nouvelle famille spirituelle, plus
intime et plus sacrée que la famille politique ! Que par ton moyen
il nous devienne possible d’aborder nos frères, au lieu de les
côtoyer seulement, d’embrasser en eux les enfants d’un
même Père, les compagnons du même voyage vers la
sainteté et vers Dieu !
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Et toi, Dieu de vérité et d’amour,
Dieu des prophètes et de Jésus, Dieu de Socrate et de
Leibniz, Dieu de Saint Bernard et de Gerson, Dieu de Coligny et de
Duplessis-Mornay, Dieu de tous les hommes au cœur droit, nous
t’invoquons ! Fais resplendir à nos yeux la
vérité qui sauve, qui sanctifie, qui rend heureux !
Crée-nous une nouvelle Église ! Rends-nous dignes de
travailler à la fonder ! Dévoile-nous le vrai et le juste :
ou plutôt dévoile-toi à nous, ô type adorable de
la vérité, de la justice et de la beauté, ô
Père céleste, ô notre seul oracle, ô notre seul
sauveur ! Car, venus de toi, c’est en toi que nous vivons, vers toi
que nous tendons ; et, en appelant de nos vœux l’Église,
c’est toi, Dieu vivant, toi seul que nous appelons !
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