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Pierre-Yves Ruff, Le Pas de l’Autre |
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| Jean-Laurent Turbet | |
Le Pas de l’Autre
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Pierre-Yves Ruff est avant tout un homme libre. C’est un pasteur.
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Pas un pauseur comme on en croise tant. Mais un vrai penseur de la foi à l’aune de la modernité.
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Un homme qui ne cherche pas à nous imposer la vérité, ni même sa vérité, fût-ce sa vérité intérieure.
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Il propose des pistes, des chemins, des réflexions pour les croyants comme pour les incroyants, pour les chrétiens comme pour les non chrétiens.
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Adepte de l’altérité, c’est aussi dans le regard de l’autre qu’il se forge sa propre identité, qu’il doute, qu’il cherche, loin des sentiers battus (et rebattus) et des concepts anciens qui
ont perdus leur force comme leur contenu. “La foi doit rester en débat. Elle se mesure au risque de l’autre, sans lequel nulle affirmation, pas même celle de l’Évangile, n’aurait encore un sens” (p. 58).
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25 textes sont réunis ici, répartis en 5 chapitres. Je ne vais bien entendu pas les résumer tous. J’essaierai simplement d’en retirer la substantifique moelle.
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Autant le dire tout de suite, ce recueil de textes est un véritable petit bijou (si je puis me permettre cette expression). Recueil de
textes ou recueil de prêches (ou les deux...) ? Peu importe après tout. Mais des textes qui parlent ; en tout cas qui me parlent. Et qui questionnent : “
Comme la foi, la pensée est d’abord question. Elle questionne tout ce que nous pensons et croyons, par
habitude ou lassitude. Elle est une incessante interpellation” (p. 19).
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Pierre-Yves Ruff qui est un pasteur, donc un homme de parole, un prédicateur, choisit ici l’écriture pour laisser cheminer sa pensée car “l’écriture est toujours d’une forme d’errance” (p. 23). “Le Canon est fermé, tandis que l’écriture est une dynamique. Elle n’est jamais achevée. Elle vit dans l’errance. Elle incarne peut-être mieux la destinée du peuple de Dieu” (p. 35). Écritures ou écriture?
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Pierre-Yves Ruff veut être une sentinelle. À l’exemple de Jean qui laisse entrer Pierre ans le tombeau de Jésus, pour veiller au dehors. “Car il y a plusieurs façons d’être chrétien. C’est l’un des sens de ce récit” (p. 3). “(...) il y a l’Église de Pierre, d’où est issue la suprématie du clergé ; il y a l’Église de Jean, celle des saints et des mystiques, qui est l’église de l’amour. Dans le tombeau, ou sur le seuil de ce même tombeau. Dans l’édifice, ou sur le seuil de l’édifice: l’opposition des places atteste à tout jamais la divergence des regards” (p. 4).
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Pierre-Yves Ruff questionne à haute voix. Sur la vérité, sur la connaissance, sur la connaissance de Dieu, sur la connaissance de Jésus. “Ce que je ressens ou que je crois constitue ma vérité intérieure. Ce que je donne à comprendre de moi sera ma vérité extérieure” (p. 46). Il tempère pourtant : “Chacun admettra également le droit souverain au secret et à l’intime. Chacun conviendra de l’impossibilité d’une coïncidence entière entre le vécu et le dire” (p. 47). “La vérité provient du double filtre de la perception et de l’imaginaire, où se rejoignent fait et non-fait, fiction et vérité. (...)La vérité n’est jamais de l’ordre du constat. Elle est sans cesse une vérité à venir” (p. 49).
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L’auteur se pose ensuite le même type de question sur Jésus (et sur le Christ). Peut-on réellement connaître le vrai Jésus de l’Histoire ? (Lire à ce sujet Jésus de Nazareth, nouvelles approches d’une énigme&, sous la direction de Daniel Marguerat, Enrico Morelli & Jean-Michel Poffet, Labor & fides - 2003). Il conclut à l’impossibilité de connaître de façon unique un personnage connu sous de multiples facettes. Mais n’en est-il pas de Jésus comme e tout être humain ? “Pourtant, à y bien regarder, existe-t-il quelqu’un au monde dont nous pourrions prétendre connaître tous les aspects ? Tous les visages ? Non. Nous n’avons jamais, concernant l’autre un savoir absolu. Et c’est tant mieux, car c’est ce qui permet la chance de la rencontre” (...) “La foi, quoiqu’en disent certains, est déjà présente dans la simple rencontre entre eux être humains. Ce n’est pas qu’il soit bien de croire. C’est une condition de possibilité de l’existence, pour tout être humain. Et cela se démontre sans doute” (p. 57). L’altérité encore et toujours...
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Pierre-Yves Ruff aborde également quantité d’autres thèmes, avec la même liberté de ton et d’esprit. Je ne peux ici, dans un court article, les développer et je laisse au lecteur futur le soin (et la joie) de les découvrir.
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Nous percevons bien ses influences: Celle de Paul Tillich, d’André Gounelle, de Paul Ricœur, de Dietrich Bonhoeffer, de Charles Wagner...
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Pierre-Yves Ruff est un homme de savoir. Un homme d’études c’est certain. Mais est-ce le plus important ? Rien n’est moins sûr. Le rapport à l’autre, “le Pas de l’Autre”, n’est-ce pas cela le plus important ?
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Ne prend-il pas (involontairement ?) la posture de Paul de Tarse ? Paul le savant pharisien. Le subtil connaisseur de la Torah. Ce n’est pas par l’étude qu’il se convertit mais par une intuition fulgurante sur le chemin de Damas. Au delà des connaissances (nécessaires) ne nous faut-il pas retrouver la posture de l’avorton ?
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Et de retrouver la force libératrice et émancipatrice de Paul déclarant : “ Il n’y a ni hommes ni femmes, ni Juifs ni Grecs, ni hommes libres ni esclaves, vous êtes tous un en Jésus-Christ” (lettre aux Galates).
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La force aussi de l’amour et de l’espérance, toujours à atteindre car “Si l’espérance était l’espérance d’un possible, alors ce ne serait plus l’espérance...” (p.177).
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