Jean Réville, Le Protestantisme libéral. Ses origines, sa nature, sa mission

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Le Protestantisme libéral. Ses origines, sa nature, sa mission

 
Jean Réville
Avant-propos de Pierre-Yves Ruff
 
Collection Libres pensées protestantes

     
    Le dissident de la famille
    Jean Réville (1855-1908)  fut le premier directeur d’études de la Section des Sciences religieuses de l’École pratique des Hautes Études, lors de l’ouverture de cette section, en 1888.
    C’est un panorama des principes, mais encore de la sensibilité libérale que Réville nous livre ici, parfois d’une façon assez neutre, parfois sans ménager son public ni cacher ses convictions, notamment dans l’évocation des dogmes ou ce qu’il appelle la “christolâtrie” : “Pour pardonner à l’enfant prodigue, le père de la parabole n’a pas besoin de crucifier le fils aîné. Les sacrements du catholicisme ne sont que des opérations magiques dénuées de toute valeur aux yeux de la raison, et le Dieu qui ne peut remettre leurs fautes aux hommes qu’en infligeant des souffrances infinies à un innocent à la place des coupables, est un Dieu monstrueux que nous ne pouvons adorer, puisque le moindre homme ayant quelque délicatesse de conscience lui est moralement supérieur.” Le ton est donné.
    Sur un point, Réville étonnera le lecteur contemporain. Nous sommes en 1902, et Réville reste attaché au principe des Églises nationales. Sans trancher de manière abrupte la question, il reste réticent face à une éventuelle séparation des Églises et de l’État, qui lui paraît risquer d’aboutir à un appauvrissement de part et d’autre. L’attachement à la nation et à la religion peuvent à ses yeux se féconder mutuellement, pour peu qu’aucune autorité extérieure, aucune doctrine ne prévale dans les Églises nationales. Puis, comme il l’expliquera plus loin, le lien entre les Églises et l’école est essentiel, pour éviter que les premières dispensent un enseignement contraire à la seconde, faisant de nous des “amphibies de l’esprit”.
    On trouve ici cet attachement à la dimension collective de la foi, qui lui fera rester également hésitant face à l’hypothèse d’une foi vécue sans Église. “Sauf peut-être pour un petit nombre d’êtres d’élite, la pratique même de ce culte privé a besoin d’être soutenue et encouragée par le culte public, par l’association et par l’exemple”, affirme-t-il. De là un plaidoyer pour la création d’Églises ou d’associations religieuses libérales, partout où cela s’avère possible.
     Dans la grande tradition protestante, le culte est essentiellement conçu comme un espace destiné à l’instruction, et n’absorbe pas en lui toute vie cultuelle. L’art, l’enseignement, la science, tout peut concourir à l’édification et, par là, avoir une dimension cultuelle, du moment que l’on concourt à promouvoir le cœur même du christianisme, que Réville résume si bien ainsi : aimer l’homme en Dieu et Dieu en l’homme.
    Cette “religion de l’humanité”, comme il la définit aussi, est également son projet pour le monde : “Le nombre des communautés ecclésiastiques sur lesquelles flotte l’étendard du protestantisme libéral est restreint. Le diocèse où souffle l’esprit du protestantisme ou du christianisme libéral, couvre le monde.”


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