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Thomas Römer
Dieu obscur. Le sexe, la cruauté et la violence dans l'Ancien Testament

Thomas Römer, Dieu obscur. Le sexe, la cruauté et la violence dans l'Ancien Testament, Essais bibliques 27, Genève, Labor et Fides, 1998. 136 p. 120FF. ISBN 2-8309-0824-4.

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    Ce petit livre n'a pas la prétention d'être un traité exhaustif de ce que l'Ancien Testament dit de Dieu et de l'homme. "Son but est simplement d'aider à discerner dans nos Écritures fondatrices ce qui occasionne les pires malentendus historiques à l'oeuvre aussi longtemps qu'un espace n'est pas garanti où nous pouvons exercer notre jugement de croyant", ainsi s'explique l'auteur dans la préface de cette seconde édition.
    Thomas Römer, né en 1955, professeur d'Ancien Testament à l'Université de Lausanne, nous invite à nous replonger dans l'Ancien Testament lui-même et le contexte historique qui l'a vu naître, pour comprendre quel est ce Dieu qui est toujours le nôtre.
    S'adressant à des non-spécialistes, Thomas Römer expose sa réflexion dans un style clair, accessible et néanmoins très dense. L'auteur s'appuie sur l'Histoire, l'exégèse pour "remettre les pendules à l'heure", "face à une situation et dans le contexte d'un retour au religieux qui se caractérise souvent par des lectures psychologisantes voire des lectures fantaisistes des grands textes religieux de l'humanité" (p. 12). Le souci de Thomas Römer est à la lumière des textes bibliques de mettre le lecteur "en garde contre des conceptions trop humaines de Dieu et d'insister sur les limites des discours théologiques" (p. 130).
    Porteur d'un héritage théologique marqué par l'image du Dieu cruel, le lecteur a parfois quelques difficultés à faire le lien entre le Dieu de l'Ancien Testament et celui du Nouveau. Dieu est-il mâle ? Dieu est-il cruel ? Dieu est-il despote et guerrier ? Dieu est-il violent et vengeur ? Dieu est-il compréhensible ? Thomas Römer reprend sous la forme interrogative des propos catégoriques que l'on entend régulièrement au sujet du Dieu de l'Ancien Testament. Ces cinq questions correspondent chacune à un chapitre.
    Dans cette "brève enquête" sur le Dieu de l'Ancien Testament, l'auteur insiste sur les textes qui présentent un Dieu apparemment machiste, cruel, guerrier incompréhensible. Ce Dieu auquel est facilement associée "une série d'images négatives" (p. 7). Ce Dieu qui s'oppose au Dieu d'amour du Nouveau Testament.
    En oubliant les situations historiques précises, la tendance est alors de rejeter le Dieu de l'Ancien testament. Dès 144 ap. J.C., Marcion et ses disciples rejetèrent "l'Ancien Testament en bloc, le considérant comme le témoignage d'un Dieu cruel et sanguinaire" (p. 10). L'époque du rationalisme et des Lumières ne se montra pas plus indulgente. Plus près de nous, Schleiermacher propose de "présenter l'Ancien Testament dans les Bibles chrétiennes comme un appendice, pour bien montrer la discordance entre le Dieu d'Israël et le Dieu de Jésus Christ" (p. 10). Adolf von Harnack estime que conserver l'Ancien Testament au XIXe siècle "comme document canonique au sein du protestantisme est la conséquence d'une paralysie religieuse et ecclésiastique" (p. 11). Pour Bultmann, l'Ancien Testament est "une sorte de symbole décrivant la relation aliénée entre Dieu et l'homme" (p. 11).
    Ces dernières décennies, l'image du Dieu de l'Ancien Testament s'est considérablement améliorée, mais Thomas Römer constate que "tout ce qui peut paraître obscur et incompréhensible dans les textes vétérotestamentaires est soit gommé ou trop vite intégré dans des lectures apologétiques et harmonisante" (p. 12). C'est, en effet, oublier trop vite que le Dieu de l'Ancien Testament a une histoire. Il ne s'agit pas de polir absolument les aspects les plus rugueux mais de nous confronter à eux.
    Dans la conclusion, l'auteur aborde la question du lien entre le Dieu de l'Ancien testament et celui du Nouveau Testament. Il apparaît alors que les questions posées par l'Ancien testament sont valables pour le Nouveau Testament. De la même façon, "les deux Testaments insistent sur la liberté d'un Dieu insaisissable" (pp. 131-132). Ce Dieu insaisissable est un Dieu qui interroge. Il convient par conséquent d'accepter de se laisser interroger au lieu de se laisser embrigader dans des systèmes théologiques "trop bien rodés" (p. 132).
    L'auteur profite de cette nouvelle mouture pour ajouter un chapitre à la première édition. Ce chapitre supplémentaire intitulé : "Dieu est-il violent et vengeur ?" permet à l'auteur de présenter "comment à partir de l'histoire de Caïn et Abel, la Bible hébraïque réfléchit à l'origine de la violence et au rôle qu'on y attribue à Dieu". On y trouvera également quelques pistes qui aident à mieux comprendre les psaumes dits de vengeance "qui nous confrontent à un langage particulièrement violent et cruel". En outre, dans cette seconde édition, l'auteur répond à quelques remarques qui lui furent adressées lors de la première parution.
    Thomas Römer plaide donc pour une réhabilitation du Dieu de l'Ancien Testament qui fut pendant des siècles mal considéré. Mais il ne s'agit pas d'en finir avec un Dieu cruel qui serait un garde fou quasi indispensable contre l'idée naïve et populaire du "bon Dieu".
    Toutefois, une question demeure : l'image du Dieu guerrier, vengeur, est-elle réellement indispensable ? Dieu ne peut-il être "Dieu" tout simplement ? Pourquoi avoir besoin de le classer selon des catégories humaines au risque de l'emprisonner ? Pourquoi vouloir à tout prix le classer dans nos catégories rassurantes dans un sens ou dans un autre ?
     

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