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Les affirmations de la Conscience moderne |
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| Gabriel Séailles | |
| Préface de Pierre-Yves Ruff Collection Sources laïques |
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Pour une culture du débat
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S’il est un livre à mettre dans les mains de toutes celles et tous ceux qui se disent chrétiens, comme dans celles de toutes celles et tous ceux qui se veulent athées, c’est bien celui de Gabriel Séailles, Les Affirmations de la Conscience moderne.
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Séailles — rappelons-le brièvement — a été l’un des fondateurs de la Ligue des Droits de l’Homme, a présidé les Universités populaires (qui mit en œuvre la pratique du partage des savoirs, allant à la rencontre des classes populaires), fut Professeur à la Sorbonne, et Vice-Président de l’Association nationale des Libres-Penseurs, quand Ferdinand Buisson, le principal acteur de la loi de 1905, en était Président.
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Son ouvrage, qui était jadis offert aux bons élèves de l’école publique — preuve de son extrême lisibilité — est un modèle d’ouverture pour une culture du débat.
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Aux chrétiens, il affirme et démontre que les dogmes peuvent mourir sans revivre. Mais envers les athées, il souligne la grandeur passée des cathédrales intellectuelles du christianisme, et rappelle le sens profond que les sédiments de l’Histoire n’ont pu faire disparaître, de légendes pourtant profondément porteuses de sens.
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Aux uns comme aux autres, il apporte une petite voix de la conscience, leur demandant de sortir du simplisme des convictions préétablies.
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Je ne citerai que deux exemples de cette culture du débat (qui nous manque tant, aujourd’hui).
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“Au nom de la Libre Pensée, demandons qu’il n’y ait plus d’opinions suspectes ou privilégiées, qu’on puisse être athée, sans être traité de scélérat, et croire en Dieu, sans être traité d’imbécile.”… “Contre l’Église romaine, qui n’a pas le droit de les renier puisqu’elle les déclare divins, nous gardons les Évangiles comme un véritable manuel de la libre pensée.”
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Mais le modèle de Séailles n’est pas que théorique. Il ne concerne pas seulement les relations entre les humains. C’est aussi un modèle pratique, la Justice sociale en étant la finalité. Démocrate, Séailles n’en est pas pour autant dupe de ce que l’élection ne suffit à assurer l’aspect démocratique d’un régime. “Si nous identifions le droit avec la seule souveraineté du nombre, si la majorité décide du juste et de l’injuste, la démocratie est une théocratie inédite ; nous n’avons substitué aux tyrannies anciennes qu’une tyrannie d’une forme nouvelle, d’autant plus redoutable qu’elle a moins de chance de trouver en dehors d’elle une limite à ses propres excès.”
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La démocratie peut être une forme nouvelle de tyrannie, car le seul argument du suffrage obtenu un jour n’assure pas l’aspect démocratique du pouvoir. Séailles ajoute : “L’amour de la liberté est le seul régulateur possible de nos démocraties de suffrage universel ; il faut que le peuple ne mette aucun bien matériel au-dessus de ce bien spirituel, qu’il n’y renonce jamais pour lui-même, qu’il le veuille pour ses adversaires, qu’il y voie, avec le principe de toute initiative, de tout progrès, la jeunesse du monde, la perpétuelle renaissance sans laquelle il n’y a que mort et qu’inertie.”
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Je note encore cette affirmation relative à l’exercice de la justice : “La vengeance ne guérit pas le mal, elle le multiplie. Nous n’avons pas à nous réjouir de ce qu’il entre de violence et de brutalité dans nos répressions légales ; elles n’ont d’excuse que dans notre impuissance à défendre la société par des moyens plus purs.”
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Avec Séailles, les Droits de l’homme sont le fondement d’une éthique de l’existence, bien plus profonde encore que la seule espérance de la justice. L’humain est placé au cœur de son approche, mais l’interdépendance des humains ouvre la voie à d’autres horizons de pensée.
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“La Libre-Pensée” (extraits)
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La libre-pensée peut se définir : le droit au libre examen. Elle exige que toute affirmation soit un appel
de l’esprit à l’esprit, qu’elle se présente avec ses preuves, qu’elle se propose à la discussion, qu’aucun homme par suite ne prétende imposer sa vérité aux autres hommes au nom d’une autorité extérieure et supérieure à la raison. Est donc libre-penseur quiconque (quelles que puissent être, d’ailleurs, ses théories et ses croyances) ne fait appel pour les établir qu’à sa propre intelligence et les soumet au contrôle de l’intelligence des autres. La libre-pensée n’exclut ni l’hypothèse, ni l’erreur ; elle est même par excellence la liberté de l’erreur ; car refuser à l’homme le droit de se tromper, c’est se croire naïvement en possession de la vérité absolue, se déclarer infaillible, se conférer à soi-même sa petite papauté. Réjouissons-nous de la diversité des opinions, au lieu de nous en irriter : elle nous contraint à réfléchir ; en agitant les idées elle en prépare des combinaisons nouvelles. La libre-pensée, d’un mot, est une méthode ; elle n’est pas une doctrine, car elle ne se donnerait pour une doctrine qu’en se niant au moment même où elle s’affirme […].
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“Au nom de la libre-pensée, demandons qu’il n’y ait plus d’opinions suspectes ou privilégiées, qu’on puisse être athée, sans être traité de scélérat, et croire en Dieu, sans être traité d’imbécile.”
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